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Le Bhoutan branche le solaire pour ne plus dépendre de ses rivières

Le royaume himalayen tirait presque toute son électricité de l’eau qui descend des montagnes. Entre une demande qui s’envole et des rivières qui…

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Le Bhoutan branche le solaire pour ne plus dépendre de ses rivières

Le royaume himalayen tirait presque toute son électricité de l’eau qui descend des montagnes. Entre une demande qui s’envole et des rivières qui faiblissent, il installe désormais des panneaux partout où c’est possible.

Sur une plateforme qui domine un ancien terrain militaire, à deux pas de Thimphou, s’étend maintenant une étendue de capteurs noirs. Rinzin Galley, ingénieur chez Norion Renewable Energy, contemple le site de Dechencholing, la plus grosse réalisation de cette entreprise publique dédiée aux énergies renouvelables. Sa capacité installée atteint 4,45 mégawatts. Un chiffre modeste face aux immenses fermes solaires de la Chine voisine, mais lourd de sens pour un pays qui a bâti son électricité sur les barrages de ses rivières himalayennes.

Le Bhoutan fait partie de ces très rares États dont le bilan carbone est négatif, autrement dit qui absorbent plus de gaz à effet de serre qu’ils n’en rejettent. Cette singularité ne le protège pourtant pas des dérèglements du climat. L’hiver, le débit des cours d’eau chute, et la production suit. Résultat, ce royaume de moins de 800 000 habitants doit déjà acheter de l’électricité à l’Inde. La menace pèse aussi sur les glaciers qui alimentent les rivières, alors que les exportations d’hydroélectricité pèsent jusqu’à 15 % du produit intérieur brut du pays.

Les projets photovoltaïques se multiplient donc. Le plus vaste, Sephu, devrait dépasser les 22 mégawatts. Chhewang Rinzin, directeur général de Druk Green Power Corporation, la compagnie nationale de production, vise environ 5 000 mégawatts de capacité totale. Le Bhoutan peut aujourd’hui compter sur près de 3 700 mégawatts d’origine hydraulique, sauf que cette puissance fond d’environ 80 % en hiver. Au même moment, la consommation grimpe à 1 500 mégawatts, là où elle ne dépassait pas 400 mégawatts il y a quelques années. L’écart devient difficile à combler.

Pour diversifier son économie, le pays a aussi misé sur le minage de cryptomonnaies, une activité très gourmande en courant. Il veut développer à Gelephu, dans le sud, une zone économique spéciale baptisée « ville de la pleine conscience », censée accueillir des centres de données tout aussi énergivores. Les obstacles restent nombreux, à commencer par le coût faramineux des infrastructures hydrauliques. Les autorités envisagent d’assouplir les règles sur les investissements étrangers et de pousser le solaire. Objectif affiché, atteindre 25 000 mégawatts de capacité d’ici 2040, dont 20 % venus du soleil.

Reste à trouver de la place. Dans ce pays de montagnes, dénicher des terrains assez vastes pour poser des panneaux relève du casse-tête, reconnaît Rinzin Galley. S’ajoutent les longues distances, le relief accidenté et des routes régulièrement emportées par des glissements de terrain. Un programme national lancé en 2021 a formé des ingénieurs spécialisés dans la pose de modules photovoltaïques. Des dizaines d’entre eux travaillent aujourd’hui chez Norion, qui veut installer 30 mégawatts d’ici 2027, essentiellement sur les toits.

À Thimphou, beaucoup de bâtiments publics et d’entreprises sont déjà équipés. Chez les particuliers, en revanche, les panneaux se font rares. L’électricité coûte peu cher au Bhoutan, et l’investissement de départ reste lourd. Om Pradhan, ancien ministre et défenseur de longue date du solaire, a fait installer les siens dans l’espoir de « réduire ses factures d’électricité ». Les 6 300 dollars qu’il a déboursés, soit environ 5 400 euros, demeurent hors de portée pour la plupart de ses concitoyens.

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