Monde
La Cour suprême brésilienne se déchire à trois semaines du scrutin
Une séance de six heures d’une rare tension a exposé les fractures de la plus haute juridiction du pays, autour du juge Alexandre de Moraes. La…


Une séance de six heures d’une rare tension a exposé les fractures de la plus haute juridiction du pays, autour du juge Alexandre de Moraes. La présidentielle, elle, se retrouve reléguée au second plan.
Le Brésil vit une drôle de campagne. À moins de trois semaines du premier tour, prévu le 4 octobre, la présidentielle passe au second plan. Ce qui occupe tous les esprits, c’est une audience de six heures tenue mardi à la Cour suprême, où les juges se sont affrontés à propos des accusations visant l’un des leurs, Alexandre de Moraes. Une affaire aux multiples ramifications, qui éclabousse des politiques comme des magistrats.
Ces dix juges devaient trancher une question simple en apparence, ouvrir ou non une enquête contre Alexandre de Moraes. La décision a finalement été renvoyée à plus tard. Edson Fachin, président de la Cour, avait prévenu d’entrée de jeu que le pays avait les yeux tournés vers ce tribunal. Sécurité renforcée, diffusion en direct à la télévision, l’audience n’a rien dissimulé des antagonismes qui traversent l’institution.
Le bras de fer oppose Alexandre de Moraes, bête noire du camp conservateur, à André Mendonça, nommé sous la présidence de Jair Bolsonaro. Le premier a conduit l’an dernier le procès qui a valu à l’ancien chef d’Etat d’extrême droite 27 ans de prison pour tentative de coup d’Etat. Moraes est mis en cause pour ses liens présumés avec Daniel Vorcaro, banquier détenu et accusé de l’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire du pays. Mendonça, lui, a rendu public un rapport de police révélant des messages envoyés vers un numéro attribué à son collègue. Riposte immédiate de Moraes, qui l’accuse d’abus d’autorité et réclame une enquête sur lui.
Mardi, les deux hommes, assis côte à côte, sont très vite passés aux invectives. Moraes a reproché à son collègue d’être « au service » de la droite et de faire pression sur la police pour obtenir des témoignages contre lui. « C’est un mensonge », a hurlé Mendonça. Moraes a aussi accusé son rival de fabriquer des preuves avec « l’aide d’un organisme externe, probablement un organisme étranger », dans « une tentative évidente d’ingérence extérieure dans les élections ». Il a rappelé au passage les sanctions que Washington lui a imposées en 2025, ainsi qu’à d’autres juges, pour le procès de Jair Bolsonaro, un allié de Donald Trump.
Flavio Dino, un autre magistrat, a estimé que cette crise « dégrade l’image du tribunal » et obtenu un report qui pourrait aller jusqu’en décembre, donc après le scrutin. Le dernier mot est revenu à Carmen Lucia, seule femme de l’instance, qui a évoqué son « état de profonde consternation et de tristesse ». « J’ai un peu honte qu’à moins de vingt jours de l’élection, tout tourne autour de ce qui se passe à la Cour suprême », a-t-elle lancé, demandant « pardon au peuple brésilien ». Devant le siège, quelques centaines de manifestants brandissaient des pancartes « Moraes, dehors ».
Lula a réagi mardi sur une télévision locale, jugeant important d’enquêter et que celui qui a commis la faute en paie le prix. C’est Flavio Bolsonaro qui a porté l’estocade, reprochant au président sortant d’avoir partagé le pouvoir avec Alexandre de Moraes, au point que le pays se retrouve selon lui « sans président ». Le sénateur conservateur n’est pourtant pas épargné. Il est lui-même visé par l’affaire Banco Master, et fait l’objet d’une enquête pour soupçons de corruption et de blanchiment dans le financement d’un film consacré à son père, pour lequel il a obtenu de l’argent du banquier Daniel Vorcaro, patron de l’établissement aujourd’hui liquidé.
Cette ombre judiciaire ne l’empêche pas de progresser. Dans un sondage de l’institut Quaest publié lundi, Flavio Bolsonaro devance Lula pour la première fois dans l’hypothèse d’un second tour, crédité de 42% des intentions de vote contre 40% pour le sortant. Un écart qui reste dans la marge d’erreur. L’étude montre surtout une préoccupation croissante pour la corruption et une image de la Cour en chute libre.
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