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Brésil, la tentation du modèle Bukele s’invite dans la campagne présidentielle

À Rio de Janeiro, des habitants excédés par les vols montent leurs propres patrouilles et rêvent d’une sécurité à la salvadorienne. À quelques mois du…

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Brésil, la tentation du modèle Bukele s'invite dans la campagne présidentielle

À Rio de Janeiro, des habitants excédés par les vols montent leurs propres patrouilles et rêvent d’une sécurité à la salvadorienne. À quelques mois du scrutin présidentiel, cette promesse de fermeté s’installe au cœur du débat public brésilien.

William Correia n’en peut plus. Ce professeur d’arts martiaux de 39 ans a rassemblé à Copacabana un groupe de bénévoles qui arpentent les rues et signalent les vols sur les réseaux sociaux. Pendant trois ans, il a mené ces rondes. En mai, la justice lui a interdit de les organiser. Devenu candidat à un siège de député pour un parti de centre-droit, il ne cache pas son rêve. « J’aimerais voir ici ce qui se passe au Salvador, pour que les délinquants prennent conscience de la réalité », confie-t-il.

Derrière cette phrase, un nom revient sans cesse, celui de Nayib Bukele. Le président salvadorien, qui se présente lui-même comme un « dictateur cool », a fait chuter la violence des gangs à coups d’incarcérations massives. Ses partisans y voient une recette miracle. Ses détracteurs, eux, dénoncent des arrestations arbitraires, des actes de torture et des décès en détention.

La formule séduit bien au-delà du Salvador. En Colombie, Abelardo de la Espriella l’a brandie en campagne. Au Pérou, Keiko Fujimori aussi. Et ces deux candidats ont gagné. Au Brésil, l’insécurité s’est hissée au premier rang des préoccupations des électeurs avant le vote d’octobre, et Flavio Bolsonaro, principal adversaire du président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, a décidé de capitaliser dessus. Le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro parle d’une « source d’inspiration ». Il promet des méga-prisons de haute sécurité et veut classer le Comando Vermelho et le Primeiro Comando da Capital parmi les organisations terroristes, à l’image de ce qu’a fait l’administration de Donald Trump aux États-Unis. Son objectif tient en une idée qu’il résume lui-même. « Si je me fais attraper, je vais avoir du mal à sortir de prison », voilà ce qu’il veut voir trotter dans la tête des criminels.

Face à lui, Lula joue une autre carte. Accusé de laxisme, il mise sur ce qu’il appelle « l’asphyxie financière », autrement dit le blocage des biens et des entreprises servant à blanchir de l’argent sale. Une réponse jugée trop technique par une partie de l’électorat, qui réclame du visible et du brutal.

Le décor brésilien complique pourtant la copie. Des organisations comme le CV et le PCC font la loi dans des favelas où vivent des millions de personnes, et la délinquance du quotidien, vols, agressions, empoisonne la vie des habitants. Les enquêtes d’opinion le mesurent. 88 % des Brésiliens veulent des peines plus lourdes pour les criminels, et 79 % se disent favorables à un abaissement de l’âge de la responsabilité pénale.

Dans la rue, ce ras-le-bol s’exprime sans détour. Wallace Ferreira, chauffeur de taxi de 53 ans, a arrêté de travailler la nuit après l’agression d’un collègue. Il regrette que « la loi brésilienne protège le voyou et non l’honnête citoyen ». Pour William Correia, les violations des droits humains sont un prix acceptable. « C’est comme le cancer. La chimiothérapie fait du mal au corps, mais elle est efficace contre la maladie », plaide-t-il.

D’autres, à l’inverse, redoutent le remède. Sonia Bonfim Vicente, 41 ans, coiffeuse et membre d’une association qui soutient des mères confrontées aux mêmes épreuves qu’elle, a vu sa fille, alors âgée de 5 ans, blessée en 2018 lors d’une opération policière dans leur favela de Chapadao. Trois ans plus tard, son mari et son fils Samuel, 17 ans, sont tués pendant une autre intervention. Les forces de l’ordre les ont ensuite présentés comme armés, une accusation qu’elle tente de démonter devant la justice. Sa conclusion tient en une phrase. « Le Brésil va virer au bain de sang. Beaucoup de mères pleureront, beaucoup d’enfants mourront. »

Le politologue Robert Muggah, de l’Institut Igarapé, spécialisé dans les questions de sécurité, met lui aussi en garde. Importer la recette salvadorienne pourrait, selon lui, « affaiblir les garanties démocratiques sans parvenir à la réduction drastique de la violence observée au Salvador ». Il pointe une différence de taille entre un pays de 213 millions d’habitants et un autre qui en compte environ six millions. « Le paysage criminel au Brésil est plus complexe », souligne-t-il. Là où les gangs salvadoriens vivaient du contrôle local et de l’extorsion, le CV et le PCC pèsent bien davantage, en territoire comme en argent.

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