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Dans une grotte de Cisjordanie, cette famille palestinienne a reconstruit sa vie après la démolition de sa

Après la destruction de son logement par l’armée israélienne, Mohamed Emar, berger de 33 ans, a installé ses deux épouses et leurs onze enfants dans une…

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Dans une grotte de Cisjordanie, cette famille palestinienne a reconstruit sa vie après la démolition de sa maison

Après la destruction de son logement par l’armée israélienne, Mohamed Emar, berger de 33 ans, a installé ses deux épouses et leurs onze enfants dans une cavité creusée dans la roche de Masafer Yatta. Un refuge de fortune, loin de l’idée qu’on se fait d’un foyer, mais une famille qui refuse de partir.

À Masafer Yatta, dans le sud de la Cisjordanie occupée, la maison de Mohamed Emar n’existe plus. Il en reste des gravats, à quelques mètres de l’endroit où il vit désormais. L’homme a investi une grotte. Il y a coulé une dalle de béton pour aplanir un sol calcaire irrégulier, appliqué de la chaux blanche sur des parois qui s’effritaient, et posé des panneaux solaires sur ce qui tient lieu de toit. L’eau, elle, doit être apportée. Avec ces moyens rudimentaires, il a transformé un trou dans la colline en un intérieur chaleureux, traversé par la lumière du jour.

Le contraste avec sa vie d’avant lui serre la gorge. « Nous habitions autrefois dans une maison en surface, d’où l’on pouvait voir le monde. Mais aujourd’hui on vit dans une grotte souterraine qui ressemble à une tombe », lâche-t-il, tandis que l’une de ses femmes fait cuire des pâtisseries dans un four installé dehors. Le décor tient pourtant debout. Devant l’entrée, une terrasse aménagée à flanc de colline accueille les jeux des enfants, les filles improvisant un karaoké sans lâcher des yeux les plus petits.

Le benjamin porte un prénom chargé d’histoire. Il s’appelle Raz, diminutif de Razeeq, en souvenir d’un ressortissant israélo-russe que son père a côtoyé en prison. Mohamed Emar y a passé un an, après une altercation avec un colon. Autour de la grotte, le paysage raconte la même tension. Des décombres de la maison détruite, et plus loin, flottant dans l’air, un drapeau israélien qui signale la colonie d’Avigayil.

Cette zone du sud de la Cisjordanie vit au rythme des démolitions et des accrochages entre Palestiniens et colons. Les accords d’Oslo, signés dans les années 1990, l’ont placée presque entièrement sous contrôle israélien. C’est ce territoire que filme « No Other Land », le documentaire oscarisé qui a braqué les projecteurs sur ces collines. L’espace de vie des habitants, lui, ne cesse de se réduire.

Ce qui les retient tient à des liens plus solides que des murs. « Quand une maison est détruite, les voisins et les familles viennent aider à construire un abri. Notre proximité nous aide », explique le berger. Fatima se souvient de l’engrenage. Lorsque le logement bâti en 2023 a été rasé, la famille a d’abord dormi sous des tentes. « Maintenant nous avons trouvé refuge dans des grottes, comme on faisait dans le passé. L’armée nous laisse y vivre », raconte-t-elle.

Israël justifie ces destructions par l’absence de permis de construire. Les Palestiniens répondent que leurs demandes sont refusées de façon quasi systématique. Mohamed Emar, lui, garde en tête un chiffre, les quelque 1 100 habitants de la région, et un espoir simple, celui de les voir vivre un jour sans craindre de tout perdre. « Pendant que le monde avance, nous, ici en Palestine, faisons marche arrière, on a été rejeté aux 11e ou 12e siècles », souffle-t-il.

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