Faits Divers
Rachida Dati face aux juges, seule à devoir prouver qu’elle était bien avocate
Poursuivie pour corruption et trafic d’influence, l’ancienne garde des Sceaux défend une activité d’avocate payée par Renault-Nissan, que le parquet…

Poursuivie pour corruption et trafic d’influence, l’ancienne garde des Sceaux défend une activité d’avocate payée par Renault-Nissan, que le parquet considère comme du lobbying déguisé. Elle joue gros, jusqu’à cinq ans d’inéligibilité et son mandat de maire du 7e arrondissement de Paris.
Rachida Dati comparaît seule. Sur le banc des prévenus, personne à ses côtés. Carlos Ghosn, l’ancien patron de Renault avec qui elle est poursuivie, est resté au Liban, hors de portée des mandats d’arrêt français et japonais qui le visent. C’est donc à l’ex-ministre de la Justice, aujourd’hui âgée de 60 ans et maire du 7e arrondissement de la capitale, de faire face aux questions d’un tribunal parisien.
Le dossier tient pour l’essentiel à une question d’argent. Entre 2010 et 2012, Rachida Dati a encaissé 900 000 euros d’honoraires. Une convention signée le 28 octobre 2009 avec Carlos Ghosn prévoyait, elle, une rémunération forfaitaire de 300 000 euros hors taxes par an. Pour la prévenue, tout est limpide. Le contrat d’avocat a été signé, et elle a exercé comme avocate. Le Parquet national financier lit dans ce même document tout autre chose. Il y voit un montage destiné à payer, sous couvert d’honoraires, un travail de défense des intérêts du groupe Renault au sein du Parlement européen. Or son mandat d’eurodéputée lui interdisait précisément ce type de mission.
À la barre, le contraste avec l’image de femme politique au tempérament volcanique saute aux yeux. Blazer beige à carreaux, pantalon et mocassins noirs, le visage obstinément tourné vers les juges, jamais vers les associations de lutte contre la corruption ni vers les conseils de Renault installés face à elle parmi les parties civiles. Elle parle vite, et bas. La présidente doit plusieurs fois lui demander de répéter pour suivre son récit. Auparavant, la défense a longuement contesté la recevabilité de ces parties civiles, un point finalement renvoyé au fond.
Son histoire commence en 2009. Cette année-là, elle accouche et annonce au président de la République son intention de quitter la vie politique, avec le souhait d’une activité qui ne dépende plus du tout de la politique. Beaucoup de tensions s’ensuivent. Elle accepte de mener campagne pour les européennes, sans renoncer à trouver autre chose. L’avocature la tente, et elle en informe Carlos Ghosn, alors PDG de Renault. Il la rappelle, se dit intéressé, avec une urgence, sur le Maroc.
La présidente pose alors le problème de front. Dans le dossier, les traces d’une véritable activité d’avocate restent éparses, et la plupart renvoient au Parlement européen. Le parquet retient trois questions parlementaires liées au secteur automobile et des prises de position favorables au constructeur, rassemblées dans une note envoyée à Carlos Ghosn en février 2013, à la fin du contrat. Pour la prévenue, il ne s’agissait que d’une veille juridique. Elle affirme ne pas aller si souvent que ça à Strasbourg ou à Bruxelles et avoir surtout travaillé pour le Maroc ou l’Algérie, pour le compte de RNBV.
Sur la nature de leur relation, elle insiste sur sa banalité. Aucun contact direct avec Carlos Ghosn, dit-elle, et jamais de tête-à-tête. Toujours des tiers présents dans leurs réunions.
L’enjeu politique du procès a beau s’être réduit depuis son départ du ministère de la Culture et sa lourde défaite dans la course à la mairie de Paris, la partie qui se joue devant ses juges reste personnelle et décisive. Rachida Dati encourt cinq ans d’inéligibilité. Autrement dit, son fauteuil de maire du 7e arrondissement.
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