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Un enfant élevé hors du monde, jugé pour ses crimes en Syrie

Privé d’école, de télévision et de musique, Othman Garrido a grandi dans un entre-soi religieux que les spécialistes décrivent comme sectaire. Jugé à…

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Un enfant élevé hors du monde, jugé pour ses crimes en Syrie

Privé d’école, de télévision et de musique, Othman Garrido a grandi dans un entre-soi religieux que les spécialistes décrivent comme sectaire. Jugé à Paris pour des exécutions commises en Syrie, il rejette l’étiquette de bourreau.

Il a 32 ans et figure parmi les quelque 1 500 Français, hommes et femmes, partis rejoindre les rangs du groupe Etat islamique en zone irako-syrienne. Othman Garrido, lui, est resté en Syrie de 2012 à 2020. Le voilà aujourd’hui devant une cour d’assises spécialement composée, où les experts venus l’examiner ont tenté de cerner ce que des années d’enfermement idéologique ont fait de lui.

Son enfance, il l’a racontée aux psychiatres et aux psychologues, et le récit tient du huis clos. Un monde parallèle, sans télévision ni musique, entièrement tourné vers l’étude du Coran. Des journées passées à se cacher des voisins pour qu’ils ne remarquent pas qu’il ne mettait plus les pieds à l’école. Le tout sous l’autorité d’un père converti à l’islam, décrit comme sidérant de rigidité, et d’une dynamique familiale que les spécialistes qualifient de très sectaire. Une psychiatre résume ce parcours atypique par une image simple. Un monde à part. Elle ajoute que l’embrigadement a été si précoce, et le départ sur zone si jeune, qu’il devient presque impossible de dire quelle est sa personnalité de fond. Tout a été tellement contraint qu’on ne sait plus ce qu’il est.

Côté faits, la justice lui reproche d’avoir pris part à l’exécution publique de deux Iraniens en 2015, et d’avoir décapité une troisième victime, à une date et dans un lieu qui n’ont pas pu être établis. À l’ouverture du procès, il a reconnu certains de ces actes. Mais il nie de toutes ses forces avoir été un bourreau du groupe Etat islamique, comme il nie avoir occupé une place importante dans l’organisation.

Les expertises, elles, ne relèvent ni trouble psychiatrique, ni trouble de la personnalité, ni épisode de perte de contact avec la réalité. Son intelligence est jugée dans la norme. Le regard fixe et perçant, il écoute les médecins dérouler son histoire. Une histoire dominée par la figure d’un père mort dans un attentat suicide en Syrie, un père qu’il évoque encore comme un demi-dieu, fascinant autant qu’effrayant. C’est avec cet homme qu’il a travaillé sur les marchés, adolescent déscolarisé après avoir fréquenté un temps, enfant, une école coranique au Maroc, pays d’origine de sa mère. Un psychologue parle d’un garçon qui s’est adapté à son enfance, puis à la violence syrienne, contraint de prendre de la distance avec les événements. Il n’est pas en rupture, dit-il, mais en rejet d’un modèle.

Reste la question qui travaille la cour. Un tel parcours laisse-t-il la place à une reconstruction ? La première psychiatre le croit réadaptable, mais elle l’affirme au conditionnel, et la présidente relève ce détail. Elle rappelle que parler de déradicalisation, de réinsertion ou de reconstruction suppose un socle de départ, un point d’appui. Chez cet homme, ce socle n’existe pas. Alors sur quoi s’accrocher ? Une autre psychiatre nuance. Il ne vivait pas totalement en vase clos et gardait des contacts, notamment avec ses grands-parents. Elle reconnaît que ce type de parcours génère des vulnérabilités, mais rappelle qu’on ne devient pas une personne parce qu’on a grandi dans tel ou tel milieu. L’évolution dépend de facteurs multiples, et d’abord de l’individu. Elle évoque aussi un niveau élevé de dangerosité.

Sur les victimes, enfin, ses émotions interrogent. Il est capable d’empathie, et les clichés glaçants projetés à l’audience l’ont montré. Mais quand il parle, c’est de lui, spontanément, jamais des personnes suppliciées. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 22 septembre. L’accusé encourt la réclusion à perpétuité.

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