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Vingt ans de traque, une criminalité qui se réinvente sans cesse

Le trafic de stupéfiants reste le moteur d’une criminalité toujours plus polyvalente, armée et connectée. À la tête de l’OCLCO, Thibaut Fontaine décrit…

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Vingt ans de traque, une criminalité qui se réinvente sans cesse

Le trafic de stupéfiants reste le moteur d’une criminalité toujours plus polyvalente, armée et connectée. À la tête de l’OCLCO, Thibaut Fontaine décrit des réseaux qui se transforment à toute vitesse.

Le socle n’a pas bougé d’un pouce. La drogue demeure l’activité la plus rentable, celle autour de laquelle tout le reste s’agence. Vendre des stupéfiants impose de s’équiper. Il faut des armes pour défendre son terrain, des véhicules volés pour se déplacer, des circuits pour blanchir l’argent encaissé. Les enquêteurs ont donc affaire à des groupes pluriactifs, capables d’enchaîner trafic, extorsion, cambriolages ou braquages d’armurerie pour récupérer des armes. Jamais autant de flingues n’ont été saisis. La raison tient à la tension qui agite le marché des produits, poussant les trafiquants à s’armer. Et les frontières du trafic sont aujourd’hui bien moins nettes qu’auparavant.

À la tête de l’Office central de lutte contre le crime organisé, héritier des brigades du Tigre et qui souffle ses vingt bougies, Thibaut Fontaine résume ce qui a basculé. Les criminels se sont approprié toute la technologie moderne, ce qui contraint les services à se réinventer en permanence. Le patron parle d’une délinquance du haut du spectre, en mutation profonde depuis plusieurs années. Sa force, dit-il, réside dans la capacité à concentrer des moyens et à tenir dans la durée. L’affaire Amra, du nom de cette évasion sanglante de mai 2024 suivie d’une traque de neuf mois, en dit long. Tout l’Office a été mobilisé. Jamais autant de données n’avaient été brassées, au point de devoir acheter des serveurs supplémentaires.

Les trajectoires des criminels se sont aussi accélérées. Là où il fallait jadis gravir patiemment les échelons, tout peut aller beaucoup plus vite, à la faveur des réseaux sociaux et des messageries chiffrées. Des individus peu ou pas connus des services répondent à de véritables annonces, avant de partir braquer une concession en Suisse, séquestrer quelqu’un dans le Val-d’Oise ou commettre un assassinat. Ces ascensions fulgurantes rendent la lecture des réseaux plus floue. Le plus souvent, ce sont des alliances de circonstance. Face à cela, la mission reste limpide pour l’Office, viser les cibles prioritaires, remonter jusqu’aux commanditaires, les identifier, puis les neutraliser. Les messageries chiffrées compliquent sérieusement la tâche, même si les enquêteurs savent s’adapter. Chacun répond aux méthodes de l’autre, dans une course sans fin.

Le travail de l’OCLCO ébranle ces organisations. Couper des têtes force les groupes à se réorganiser. La DZ Mafia en est l’illustration parfaite. Ce réseau fonctionne de façon horizontale, sans chef unique mais avec plusieurs têtes. Depuis 2021, plus de 450 personnes ont été écrouées à l’issue d’enquêtes menées à l’échelle nationale sur ce seul dossier. Du jamais-vu pour un groupe qui affiche son nom, se revendique et s’exhibe, une nouveauté dans le paysage criminel. Pour autant, la partie est loin d’être terminée. Les strates intermédiaires prennent le relais, de nouveaux visages émergent. Et la marque continue de séduire.

Pour les années à venir, le numérique devrait peser encore davantage. Cette évolution paraît structurelle. Dans un environnement mondialisé, les services français coopèrent avec de nombreux pays. Des groupes étrangers viennent opérer sur le sol français, tandis que des groupes français s’exportent ailleurs. La coopération internationale et la maîtrise du numérique s’annoncent donc comme les deux leviers décisifs face à une menace qui ne cesse de se redessiner.

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