Politique
Le bulldozer MAGA fonce sur la présidentielle française
La présidentielle française risque de devenir la cible du bulldozer idéologique de la sphère MAGA. Une influence plus discrète que les ingérences russes…


La présidentielle française risque de devenir la cible du bulldozer idéologique de la sphère MAGA. Une influence plus discrète que les ingérences russes, mais bien plus difficile à enrayer.
La campagne pour l’élection présidentielle, dont les deux tours sont prévus les 18 avril et 2 mai, s’annonce comme un terrain de jeu pour la galaxie MAGA. Derrière le slogan « Make America Great Again » porté par Donald Trump, tout un écosystème mène depuis des années un travail d’influence en Europe, avec un objectif assumé, faire pencher le débat vers la droite dure. Et cette offensive-là n’a rien à voir avec ce que l’on connaît déjà.
L’une des méthodes est parfaitement affichée. En Hongrie, quelques semaines avant les législatives d’avril, le secrétaire d’État Marco Rubio et le vice-président J.D. Vance ont fait le déplacement pour proposer des investissements américains ou afficher leur proximité avec Viktor Orban, au pouvoir depuis seize ans et bâtisseur d’un État qu’il revendique comme illibéral. Un scénario qui pourrait se répéter en France, tant le pays compte par sa position centrale en Europe. Washington ne veut pas d’une Union européenne forte, pas plus que les géants du numérique et des réseaux sociaux, hostiles aux régulations du Vieux Continent.
Politiquement, une figure se détache comme favorite de la mouvance. Malgré les distances que le Rassemblement national dit vouloir garder, Marine Le Pen apparaît comme la candidate préférée de MAGA. Donald Trump l’avait soutenue après sa condamnation en première instance en avril pour détournement de fonds publics du Parlement européen. Sa peine, revue en appel en juillet, lui a ouvert la voie vers la présidentielle, et elle caracole en tête des sondages pour le premier tour.
La France a déjà l’habitude de composer avec des ingérences russes. Attaques hybrides, piratages informatiques, campagnes de désinformation en ligne. Tout un arsenal que des services spécialisés comme Viginum traquent au quotidien. Leur point faible, elles sont désormais bien connues, ce qui permet d’éduquer les électeurs et de leur apprendre à repérer les bots qui tentent d’orienter les discussions. L’influence américaine, elle, se joue à un autre niveau, plus délicat à identifier, donc nettement plus compliqué à contrer.
Washington n’est plus un allié pour l’Europe, et le répéter ne suffit pas à le faire entendre. Un certain déni collectif persiste. Pourtant, le bulldozer avance, porté par toute la puissance de l’administration américaine et par les algorithmes, à commencer par ceux du réseau X, détenu par un soutien de Donald Trump.
Il existe aussi une méthode plus souterraine, qui passe par les centres de recherche et les groupes de réflexion. Le credo de la droite américaine, et de MAGA en particulier, tient en une idée simple. On ne gagne pas une élection avant d’avoir gagné la bataille culturelle, il faut d’abord changer les idées. Depuis les années 2010 surtout, cette droite dure s’emploie à déplacer les lignes du débat en Europe, en banalisant des positions longtemps jugées radicales. L’avortement en est l’illustration, un sujet peu discuté avant les années 2010 et devenu aujourd’hui un thème de clivage.
Ces laboratoires d’idées revendiquent une scientificité qui leur offre prestige et crédibilité. Ils s’emparent d’une idée, en font un rapport, puis le diffusent dans un paysage médiatique transformé, où l’opinion, souvent de droite, occupe une place grandissante, notamment en France. Reste une certitude. Au bout du compte, les votes appartiennent aux électeurs. La Hongrie l’a montré, Viktor Orban a perdu malgré le soutien américain.
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