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Vande Mataram, le chant qui divise l’Inde jusque dans les stades

Un chant devenu obligatoire avant l’hymne national a retenti pour la première fois lors d’un match international de cricket en Inde. Derrière cette image…

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Vande Mataram, le chant qui divise l'Inde jusque dans les stades

Un chant devenu obligatoire avant l’hymne national a retenti pour la première fois lors d’un match international de cricket en Inde. Derrière cette image, une querelle profonde sur la nature laïque ou hindoue du pays.

Le « Vande Mataram » a été entonné avant le coup d’envoi d’une rencontre de cricket entre l’Inde et l’Afghanistan à New Delhi. Joueurs et spectateurs se sont levés pendant ses six couplets. C’était une première pour un match international organisé en Inde. Ce moment intervient après la décision du pouvoir ultranationaliste hindou de rendre ce chant obligatoire avant « Jana Gana Mana », l’hymne national entonné depuis 1950. Depuis février, cette règle s’applique aux cérémonies officielles. Elle a ensuite été étendue aux grands rendez-vous sportifs. Une loi votée en juillet prévoit des amendes ou jusqu’à trois ans de prison pour quiconque perturbe ou empêche volontairement son interprétation.

Le chant ne fait pourtant pas l’unanimité. Il s’agit d’un poème de l’écrivain bengali Bankim Chandra Chattopadhyay, publié en 1875 dans son roman Anandamath. Ses vers, écrits en sanskrit, restent difficiles à comprendre pour beaucoup d’Indiens. Les deux premiers couplets célèbrent la mère patrie. Les suivants invoquent des déesses hindoues comme Durga, Lakshmi et Saraswati. C’est ce mélange qui nourrit la polémique.

Pour ses partisans, ce chant incarne la lutte contre la colonisation et une certaine idée de la fierté nationale. Pour ses détracteurs, ses références hindoues heurtent la Constitution laïque d’un pays de près d’un milliard et demi d’habitants. Hindous très majoritaires, musulmans, sikhs et chrétiens y coexistent. Beaucoup de musulmans refusent de voir l’Inde représentée sous les traits de divinités hindoues. Cette vénération leur paraît incompatible avec l’islam.

La scène du match dit quelque chose de cette fracture. Plusieurs joueurs de l’équipe nationale de cricket ont entonné les premiers couplets. La plupart sont restés silencieux avant de chanter l’hymne national. Un détail qui, dans ce contexte, ne passe pas inaperçu.

Un professeur de l’université de New Delhi estime que l’obligation de chanter l’intégralité du « Vande Mataram » brise un consensus d’avant l’indépendance. Ce compromis limitait son usage public aux deux premiers couplets. Avec la montée de l’hindutva, projet d’hégémonie hindoue, le gouvernement et sa majorité cherchent à mettre fin à cette entente et à imposer une nouvelle norme, portée par le poids du nombre. La controverse dépasse donc le simple chant. Elle touche à la place de chaque communauté dans l’Inde d’aujourd’hui.

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