Faits Divers
À Macao, le premier procès pour subversion se tient à huis clos
Un ancien député prodémocratie de 69 ans répond d’accusations de subversion, une première depuis l’élargissement de la loi sur la sécurité nationale. Les…

Un ancien député prodémocratie de 69 ans répond d’accusations de subversion, une première depuis l’élargissement de la loi sur la sécurité nationale. Les portes du tribunal sont restées fermées, et la ville mesure ce que cela signifie.
Macao n’avait encore jamais jugé personne sur ce terrain. C’est désormais chose faite, ou presque, puisque l’audience s’est déroulée portes closes. Ancien territoire portugais rendu à la Chine en 1999, cette ville du sud de la Chine, voisine de Hong Kong, possède son propre système juridique, largement hérité du droit portugais. Une singularité qui n’a pas empêché l’adoption d’une loi sur la sécurité nationale dès 2009, puis son élargissement en 2023, présenté comme un moyen de contrer les ingérences étrangères. C’est ce texte durci qui sert aujourd’hui de base aux poursuites.
Devant le tribunal, la matinée a été aussi discrète que l’affaire elle-même. Les rares journalistes présents ont dû laisser leurs coordonnées à la police, et les autorités n’ont pas confirmé que l’audience avait bien commencé. Plusieurs fourgons se sont présentés devant le bâtiment, sans qu’il soit possible de vérifier qui se trouvait à bord.
Au banc des accusés, Au Kam San. Cet ancien instituteur de 69 ans a été arrêté en juillet 2025, devenant la première personne visée par la version élargie de la loi. Les autorités lui reprochent d’avoir entretenu des liens avec des groupes étrangers présentés comme une menace pour la Chine. Il devait comparaître comme « principal accusé » pour subversion, un motif qui peut lui valoir jusqu’à 25 ans de prison, ainsi que pour d’autres infractions. Sa défense repose sur un avocat commis d’office.
Depuis son arrestation, presque rien n’a filtré. Sa famille a expliqué, au fil de l’année, ne pas avoir réussi à le joindre, ni lui, ni l’avocat désigné pour le représenter. Son comité de soutien, piloté depuis Londres, estime que les accusations des procureurs découlent de ses activités politiques pacifiques, de sa foi en la démocratie et de ses rencontres régulières avec la Délégation de l’Union européenne auprès de Hong Kong et de Macao. L’homme a aussi compté parmi les organisateurs des veillées annuelles célébrées à Macao en mémoire des victimes de la répression de la place Tiananmen, en 1989. Avec Hong Kong, la ville a longtemps été l’un des seuls endroits de Chine où de tels rassemblements publics étaient possibles. L’an dernier, des ouvrages prodémocratie et des documents liés à Tiananmen ont été saisis à son domicile.
L’Union européenne a dénoncé son arrestation, y voyant une raison supplémentaire de s’inquiéter de « l’érosion du pluralisme politique » sur le territoire. Pour Eilo Yu, politologue macanais, un procès à huis clos adresse un signal glacial à la population, les autorités cherchant à « réduire l’ensemble de l’espace civique à son strict minimum ». Sur place, le moral n’y est pas. Joe Che, travailleur indépendant de 47 ans, aimerait que l’information circule « aussi ouvertement et transparentement que possible », rappelant qu’un huis clos « n’est jamais idéal, car les citoyens se retrouvent en réalité dans l’ignorance par rapport à ce qui se passe ». Une habitante qui préfère taire son vrai nom, présentée sous celui de Bell, décrit une ville « désormais confrontée à un cadre d’une telle pression qu’il est difficile de s’exprimer », avant d’ajouter que pénaliser la liberté d’expression ouvre « une voie à sens unique vers la ruine ».
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