Nous rejoindre sur les réseaux

Europe

Mecklembourg, le duel qui peut faire vaciller Berlin

L’AfD rêve d’une nouvelle victoire dans ce Land du nord-est de l’Allemagne. En face, une sociale-démocrate populaire se dresse en ultime barrière, dans un…

Article

le

Mecklembourg, le duel qui peut faire vaciller Berlin

L’AfD rêve d’une nouvelle victoire dans ce Land du nord-est de l’Allemagne. En face, une sociale-démocrate populaire se dresse en ultime barrière, dans un scrutin aux conséquences bien plus larges que la région.

Dimanche, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale votera, et l’Alternative pour l’Allemagne compte bien transformer l’essai. Le parti anti-immigration, porté par Leif-Erik Holm, animateur radio devenu célébrité locale, espère capitaliser sur le score retentissant obtenu le 6 septembre en Saxe-Anhalt, où il a frôlé les 44%. Un résultat qui a secoué la classe politique allemande au point de fragiliser ouvertement le chancelier conservateur Friedrich Merz. Dans cette région côtière bordée par la Baltique, l’espoir de l’extrême droite se heurte toutefois à une adversaire coriace, la sociale-démocrate Manuela Schwesig, dont la cote remonte et qui revendique désormais une position d’égal à égal dans les intentions de vote.

Le rapport de force est serré. L’AfD plafonne autour de 37%, le SPD la talonne à 35%. Mais le véritable séisme se joue ailleurs, du côté des conservateurs, crédités de seulement 7%, dangereusement près du seuil des 5% requis pour entrer au parlement régional. Une sortie de route de la CDU serait inédite dans l’Allemagne d’après-guerre, et mettrait une pression considérable sur les épaules de Friedrich Merz, alors que les spéculations sur son remplacement vont déjà bon train. Pour Manuela Schwesig, ancienne ministre de la Famille et survivante d’un cancer, la partie se joue sur sa personne. Son slogan « Frau gegen Blau », la femme contre le bleu, en référence à la couleur du parti d’extrême droite, résume sa stratégie. Elle n’hésite pas non plus à prendre ses distances avec le gouvernement fédéral, adoptant un ton plus conciliant envers la Russie ou critiquant la réforme des retraites, des thèmes sur lesquels l’AfD prospère.

Sur le terrain, la campagne se déroule dans une ambiance tendue. À Bützow, petite commune où s’est tenu un meeting, quelques dizaines de partisans se sont rassemblés, parmi lesquels de jeunes hommes au crâne rasé et aux rangers noires. Face à eux, des opposants ont tenté de couvrir le rassemblement avec de la musique punk. La question migratoire domine les débats, l’AfD défendant une « remigration », comprenez l’expulsion massive des étrangers. « Les migrants illégaux doivent quitter l’Allemagne », lance Jolin Ressel, 21 ans, qui leur reproche de puiser dans l’argent qui revient selon lui aux Allemands. De son côté, Leif-Erik Holm veut faire de ce scrutin un vote contre Berlin. Les électeurs, dit-il, ont compris qu’ils pouvaient « renvoyer le gouvernement Merz ». Il refuse d’accorder à sa rivale le statut d’opposante, rappelant qu’elle appartient au même parti que le chancelier et ne peut donc pas soudainement se présenter en outsider.

Reste que l’arithmétique parlementaire complique l’équation pour l’extrême droite. Faute d’alliés, une majorité AfD semble hors de portée, et même une première place dimanche ne garantirait pas le pouvoir. La coalition la plus probable réunirait le SPD, les Verts et la gauche de Die Linke. Dans cette région d’1,5 million d’habitants que Manuela Schwesig dirige depuis 2017, ses partisans l’assument. « Le plus important est que l’AfD n’arrive pas au pouvoir ici, c’est aussi simple que ça », résume Daniel Prokof, 40 ans, pour qui l’enjeu se résume à la défense de la démocratie. Un sentiment partagé par Gudrun Schumann, médecin retraitée de 72 ans, qui dit comprendre la colère des électeurs face aux crises qui s’accumulent, désindustrialisation et flambée du coût de la vie. « Mais l’AfD ne gouvernera pas mieux », tranche-t-elle. « Leur discours raciste et hostile ne nous aide certainement pas à vivre harmonieusement. »

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus