Faits Divers
Carlos Ghosn esquive son procès, Rachida Dati répond aux juges
Le tribunal parisien a rejeté la demande de report de Carlos Ghosn, qui ne s’est pas présenté à son procès pour corruption. Face aux juges, Rachida Dati…


Le tribunal parisien a rejeté la demande de report de Carlos Ghosn, qui ne s’est pas présenté à son procès pour corruption. Face aux juges, Rachida Dati défend son travail d’avocate et balaie toute accusation de trafic d’influence.
Carlos Ghosn n’a pas fait le déplacement. Et le tribunal correctionnel de Paris n’a pas attendu longtemps pour trancher. Après une heure de délibéré, la juridiction a rejeté la requête de renvoi déposée fin août par l’ancien patron, qui invoquait une convocation jamais reçue dans les formes et les délais prévus par la loi. La présidente Claire Saas a été limpide. Le dossier reste entier, les débats se poursuivent dans la journée et les cinq jours qui suivent. Pour ce Franco-Libano-Brésilien de 72 ans, réfugié à Beyrouth, ce choix n’a rien d’anodin. Jugé par défaut, il conserve la possibilité de faire opposition à la décision, ce qui lui ouvrirait automatiquement un nouveau procès en première instance. Voilà pourquoi il n’a même pas envoyé un avocat pour le représenter officiellement. Son conseil libanais suit quand même les échanges depuis les bancs du public, en toute discrétion.
Face aux juges, Rachida Dati, 60 ans, a décliné son identité avant d’écouter l’énoncé des poursuites. Vêtue de noir, l’ancienne ministre de la Justice puis de la Culture nie avec la dernière énergie ce que lui reproche le parquet national financier. Pour les enquêteurs, elle aurait scellé un pacte de corruption et exercé un lobbying illégal au Parlement européen au profit de Renault-Nissan, entre octobre 2009 et février 2013, alors qu’elle y siégeait comme eurodéputée. Au centre du dossier, une convention d’honoraires signée le 28 octobre 2009 avec Carlos Ghosn. Elle prévoyait une rémunération forfaitaire annuelle de 300 000 euros hors taxes, pour un total de 900 000 euros sur la période. Le parquet voit dans ce contrat un habillage destiné à camoufler une défense des intérêts du constructeur au sein de l’hémicycle, une mission que son mandat européen interdisait. Le document a atterri entre les mains de la justice française à l’été 2019, lors d’une perquisition au siège de Renault, dans le sillage de l’arrestation de Carlos Ghosn au Japon.
L’intéressée oppose une tout autre lecture. Elle assure n’avoir accompli qu’un travail d’avocate, parfaitement compatible selon elle avec son mandat d’élue. Elle affirme être intervenue pour Renault sur des dossiers liés au Maroc, à l’Algérie, à la Turquie ou encore à l’Iran. Et si les traces de cette activité paraissent « singulièrement limitées » aux yeux de l’accusation, elle explique que Carlos Ghosn lui-même ne souhaitait pas conserver les notes qui lui étaient adressées. Sa défense promet de faire témoigner plusieurs personnes venant attester de la réalité de ses prestations. Ses conseils, Mes Olivier Pardo, Olivier Baratelli et Antoine Beauquier, dénoncent une « construction intellectuelle artificielle » et soutiennent que leur cliente a œuvré exclusivement comme avocate pour RNBV, la structure néerlandaise qui pilotait l’alliance Renault-Nissan.
Le parquet retient pourtant contre elle trois questions parlementaires touchant au secteur automobile et des prises de position favorables au constructeur. Le tout résumé dans une note transmise à Carlos Ghosn en février 2013, au terme de son contrat. Sa défense y voit une simple veille juridique. Du côté de Renault, on ne mâche pas ses mots. L’avocat du constructeur, Me Kami Haeri, raille une « disparition » dans le camp Ghosn, persuadé que l’ancien grand patron ne comparaîtra jamais. Pour appuyer sa démonstration, il a brandi des captures d’écran d’un documentaire montrant le fugitif barbotant dans la piscine de sa luxueuse propriété du quartier d’Achrafieh, à Beyrouth. Les deux prévenus encourent jusqu’à dix ans de prison.
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