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L’Europe se donne dix ans pour ne plus dépendre de l’Amérique

Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont appelé les Européens à investir massivement pour tenir leur rang face aux Etats-Unis et à la Chine. Le sommet…

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L'Europe se donne dix ans pour ne plus dépendre de l'Amérique

Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont appelé les Européens à investir massivement pour tenir leur rang face aux Etats-Unis et à la Chine. Le sommet de Paris a dessiné une feuille de route ambitieuse, loin de faire l’unanimité chez les Vingt-Sept.

Premier sommet international jamais consacré à l’espace, le rendez-vous parisien était co-organisé par la France et l’Allemagne. Les mastodontes américains ont boudé l’événement. Peu importe, l’essentiel se jouait ailleurs. La présidente de la Commission européenne a prévenu que les décisions prises aujourd’hui pèseront sur les décennies à venir. Pour elle, l’Europe n’a pas le choix. Elle doit avancer groupée, mettre les moyens sur la table et bâtir un marché capable de tenir la concurrence.

Le constat est simple. Sur les lanceurs, les constellations de satellites ou les services en orbite, les acteurs américains imposent leur loi. Emmanuel Macron veut inverser la tendance. Il a tracé un calendrier précis. Dans deux ans, la première capsule cargo européenne, baptisée Nyx, doit s’amarrer à la Station spatiale internationale. Trois ans plus tard, l’atterrisseur lunaire Argonaut posera ses roues sur la Lune. Et d’ici une décennie, une capsule habitée s’élancera depuis Kourou, en Guyane, avec des astronautes européens et d’autres nations à bord. Un pari personnel pour un président qui ne sera plus au pouvoir dans huit mois.

Depuis l’orbite, l’astronaute Sophie Adenot a ajouté sa voix. Elle a lancé au chef de l’Etat qu’il fallait rêver grand, à l’échelle de chacun comme de la Nation. Son message a été relayé en direct pendant le sommet. Mais l’unité n’est pas totale. La déclaration finale, paraphée par la France, l’Allemagne et l’Italie, ne rassemble pas les 27. L’Estonie, l’Autriche, la République tchèque, la Finlande et la Roumanie brillent par leur absence. Le document de cinq pages réclame une politique spatiale européenne cohérente et ambitieuse, appuyée sur la souveraineté technologique, la sécurité, la recherche et l’industrie.

En attendant, l’Europe reste dépendante de SpaceX pour envoyer ses astronautes vers l’ISS. Une mission privée, fruit d’un accord entre la France et l’entreprise américaine Vast, emmènera trois Européens, dont Thomas Pesquet, vers la station en 2027, à bord d’un vaisseau de SpaceX. Macron veut aussi offrir à tous les Européens une connexion comparable à la 5G d’ici dix ans, sans zones blanches. Il a invité opérateurs et industriels à former sans tarder une alliance « Direct to Device », capable de relier directement les satellites aux téléphones.

Les chiffres donnent la mesure du chantier. L’économie spatiale mondiale a franchi les 500 milliards de dollars en 2025 selon le cabinet PwC. Elle pourrait atteindre 1.100 milliards d’ici 2035, portée par les satellites, la navigation, l’observation de la Terre, les lancements et les activités lunaires.

Sur le financement, les positions divergent. Macron réclame un budget spatial à la hauteur des ambitions et défend la préférence européenne, un point de friction avec Berlin. Il a promis que la France soutiendrait la Commission pour obtenir un cadre financier pluriannuel ambitieux, alors que l’Allemagne exige des coupes massives. Von der Leyen, plus prudente que lui sur le vol habité, a vanté la constellation Iris², censée réduire la dépendance aux réseaux privés américains comme Starlink. Mais l’Allemagne veut aussi son propre réseau souverain de satellites, ce qui, selon ses détracteurs, affaiblirait le programme communautaire.

En clôture, la France a annoncé la signature de plusieurs déclarations internationales. La principale plaide pour une gouvernance partagée de la régulation des fréquences. Elle n’a pas été signée par les acteurs non européens, qu’ils viennent des Etats-Unis, de Chine, d’Inde ou du Japon.

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