Politique
Un ministre que même les députés ont eu du mal à reconnaître
Michel Fournier referme bientôt un an passés au gouvernement comme ministre délégué à la Ruralité. Ce maire des Vosges, arrivé sans étiquette à Paris…

Michel Fournier referme bientôt un an passés au gouvernement comme ministre délégué à la Ruralité. Ce maire des Vosges, arrivé sans étiquette à Paris, laisse l’image d’un homme resté étranger aux codes du sérail.
À l’Assemblée nationale, son nom n’évoque parfois rien. Interrogé au sujet du ministre délégué à la Ruralité, le député de Savoie Jean-François Coulomme s’amuse carrément. « Michel qui ? », lâche l’élu LFI, qui range l’intéressé dans une drôle de famille de responsables publics apparaissant le temps d’un texte sur un banc avant de filer « aussi vite que les champignons ». Un tacle qui résume l’impression laissée par cet homme de 76 ans, rarement croisé dans l’hémicycle.
Et pourtant, Michel Fournier est bien un maire au long cours. Il dirige depuis 1989 Les Voivres, une commune vosgienne de 300 habitants, sous une étiquette d’aucun parti. En le recrutant, Sébastien Lecornu voulait justement installer des figures de terrain dans son équipe, loin des profils les plus marqués politiquement. L’intéressé arrive avec un parcours qui n’a rien d’un CV de technocrate. Fils d’agriculteurs, il a été tour à tour ouvrier agricole, poseur de volets roulants, agent des douanes, commercial, puis fleuriste. La politique, il y met un premier pied à 33 ans, comme conseiller municipal d’opposition. Son entrée au gouvernement, il l’apprend simplement devant sa télévision. Pour la passation de pouvoir, il rejoint la capitale au volant de sa Volvo personnelle.
Sur place, l’homme détonne. Il tutoie les préfets, ce qui déstabilise certains d’entre eux, et dit volontiers ce qu’il pense, sans toujours suivre la position officielle. Un conseiller gouvernemental se souvient d’un personnage « sympathique », capable de sortir du cadre. En mai, il marque les esprits au palais Bourbon en défendant un amendement sur des fermetures de classes. Il rappelle qu’il n’exprime que l’avis de l’exécutif. Une députée lui rétorque alors que ce n’est donc pas le sien, et les remarques fusent de tous les bancs, entre ironie et sympathie. Cette liberté a plu à certains, moins à d’autres. Une conseillère regrette qu’on ait perdu « un ministre qui représente réellement la ruralité, qui n’est pas un technocrate ».
Lui reconnaît avoir peut-être joué trop discret. Mais il assume. Il se décrit comme tout sauf un carriériste, pas là pour durer, avec une seule priorité, faire avancer des dossiers. Il revendique d’avoir pesé en faveur d’une meilleure reconnaissance des campagnes, en s’appuyant sur une dotation spécifique pour les communes rurales qui devrait être annoncée avec le budget. Il avait prévenu dès sa nomination, son départ se produirait avant le congrès de l’automne 2026 des maires ruraux de France. Il s’apprête à reprendre la présidence de l’Association des maires ruraux de France, qu’il occupait depuis 2020 avant de prendre du recul en devenant ministre.
Sa vision de l’action publique tient en une comparaison. Un maire vit dans l’instant, agit, prend des risques. Au gouvernement, tout serait pensé pour éviter justement d’en prendre, la machine administrative n’ayant qu’une obsession, se protéger. De retour chez lui, face à un troupeau de vaches, il a résumé la situation d’une phrase, il serait bien resté si le gouvernement avait déménagé dans les Vosges.
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