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L’écart entre la dette française et l’allemande s’ouvre comme jamais depuis 2012

Les investisseurs exigent désormais plus de 100 points de base de rémunération supplémentaire pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne. Un signal…

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L'écart entre la dette française et l'allemande s'ouvre comme jamais depuis 2012

Les investisseurs exigent désormais plus de 100 points de base de rémunération supplémentaire pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne. Un signal qui tombe au pire moment pour un budget déjà sous pression.

Les taux français décrochent. Vendredi, l’écart de rendement entre les obligations tricolores et allemandes à dix ans a franchi les 100 points de base, à 103. Il faut remonter à 2012 pour retrouver un tel niveau, quand les marchés digéraient encore les suites de la crise financière de 2008-2011. Concrètement, cet indicateur mesure la prime que les investisseurs réclament pour détenir de la dette française plutôt que du papier allemand, considéré comme le plus sûr de la zone euro. Plus il grimpe, plus le financement de l’État coûte cher.

La défiance tient en partie au budget. Jeudi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté un projet de budget 2027 prévoyant quelque 54 milliards d’euros d’économies. Il a aussi reconnu que l’objectif de ramener le déficit à 5% du PIB ne serait pas tenu cette année, mais repoussé à la suivante. Pour la deuxième économie de la zone euro, ce décalage nourrit les doutes sur la trajectoire des finances publiques, à un moment où les investisseurs scrutent le moindre signe de relâchement.

Le phénomène dépasse largement les frontières françaises. Les marchés obligataires mondiaux sont tendus, entre craintes sur les niveaux d’endettement et conflit au Moyen-Orient. En Italie, le ministre de l’Économie Giancarlo Giorgetti a sonné l’alerte vendredi, estimant que le coût de la dette publique progressait «à un rythme alarmant» dans un contexte géopolitique compliqué. Il s’exprimait en visioconférence, en marge d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Dublin. Les rendements italiens ont suivi, avec un plus haut depuis juin 2024 pour les BTP à trois ans, à 3,43%, et un pic depuis novembre 2023 pour ceux à sept ans.

Face à ces turbulences, les responsables européens jouent l’apaisement. Le président de l’Eurogroupe, Kyriakos Pierrakakis, a résumé la position générale lors d’une conférence de presse dans la capitale irlandaise. «Nous sommes préoccupés, mais pas inquiets. Nous ne constatons pas de fragmentation au sein de la zone euro», a-t-il déclaré. Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, également présent à Dublin, y voit une réaction normale des marchés aux évolutions mondiales, l’occasion selon lui de rappeler la nécessité de garder des politiques budgétaires prudentes.

Les États-Unis n’échappent pas à la tendance. Le rendement de référence du bon du Trésor américain à dix ans a franchi le seuil symbolique des 5%, à 5,041% en début de semaine, un niveau plus vu depuis juillet 2007. Autrement dit, la tension n’est pas qu’européenne, et la prime de risque réclamée aux emprunteurs publics grimpe un peu partout. Pour les gouvernements, l’équation se resserre, chaque point de taux supplémentaire venant alourdir une dette déjà lourde à porter.

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