Europe
À Ceuta, la plage se vide et les tentes se remplissent
Les personnes qui s’entassaient depuis des semaines sur le sable de l’enclave espagnole ont été conduites vers un site portuaire capable d’en accueillir 1…


Les personnes qui s’entassaient depuis des semaines sur le sable de l’enclave espagnole ont été conduites vers un site portuaire capable d’en accueillir 1 700. Une opération que Madrid présente comme une étape clé, sur fond de bras de fer politique.
Le ballet a commencé au petit matin, quand les forces de l’ordre se sont mises à regrouper les migrants installés sur les plages de Ceuta pour les conduire vers des tentes dressées dans le port de cette enclave espagnole plantée au nord du Maroc. Des bousculades ont éclaté au début du mouvement, beaucoup cherchant à s’assurer une place dans la nouvelle structure. La police est intervenue pour canaliser la foule.
En milieu de journée, tout était bouclé. L’ensemble des places aménagées avaient trouvé preneur, et l’enclave recense désormais 6 000 couchages dans des espaces d’accueil temporaires. Le ministre Óscar López a parlé d’une étape clé, en insistant sur un point simple. Tant que ces personnes dorment dehors, impossible de les identifier correctement, et donc impossible d’accélérer l’examen de leur situation. Sur le site, elles ont accès à des douches, des sanitaires, de la nourriture et des lits neufs. Combien étaient-elles exactement sur le sable ? Le chiffre n’est pas connu, mais il dépassait la capacité d’accueil du port.
La petite ville vit sous pression depuis l’arrivée, fin juillet, de dizaines de milliers de migrants en deux jours, parmi lesquels de nombreux mineurs. Plus de 70 000 personnes avaient alors franchi la frontière. La grande majorité a rebroussé chemin vers le Maroc dans les heures qui ont suivi. Plusieurs milliers sont restés. Ceuta compte 80 000 habitants, et la cohabitation s’est dégradée, entre épisodes de violence et manifestations quasi quotidiennes de riverains qui réclament un retour à la normale. Les autorités locales évoquent 13 000 personnes encore présentes. Madrid conteste ce chiffre et soutient qu’elles sont moins nombreuses.
Sur le terrain politique, la pression ne retombe pas. Le Parti populaire et Vox exigent chaque jour le renvoi vers le Maroc de toutes les personnes arrivées irrégulièrement ces dernières semaines, et veulent que Madrid presse Rabat dans ce sens. Le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, a jugé impardonnable de voir encore des bousculades et des forces de l’ordre débordées. Le patron de Vox, Santiago Abascal, a lui publié une vidéo montrant des migrants en train de courir, accompagnée d’un commentaire où il se félicite de les voir partir de cette manière, et le plus vite possible.
L’opération a pu démarrer après le rejet, par un tribunal, de la demande d’un syndicat de policiers qui voulait bloquer le déplacement. Elle s’inscrit aussi dans un bras de fer entre Madrid et l’administration locale de Ceuta, tenue par la droite. L’autorité portuaire refusant de coopérer, le gouvernement de Pedro Sánchez a repris la main sur l’installation. Reste la question de fond. Chaque personne doit être identifiée pour savoir si elle peut prétendre à l’asile ou si elle sera renvoyée vers le Maroc. L’opposition interroge également l’exécutif sur ce qu’il savait avant l’arrivée massive et sur le rôle de Rabat, avec lequel l’Espagne cherche depuis des années à entretenir des relations plus apaisées. Le dossier secoue jusqu’aux institutions européennes.
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