Europe
Aide à mourir, le Royaume-Uni recule encore
Les députés britanniques ont dit non vendredi à une proposition de loi qui devait ouvrir l’aide à mourir aux malades en fin de vie, par 286 voix contre…

Les députés britanniques ont dit non vendredi à une proposition de loi qui devait ouvrir l’aide à mourir aux malades en fin de vie, par 286 voix contre 270. Un revers pour ses partisans, un soulagement pour ceux qui redoutaient ses effets sur les personnes les plus fragiles.
Quatre heures de discussions, beaucoup d’émotion, et un résultat qui se joue à quelques bulletins près. Vendredi, le Parlement britannique a écarté le texte qui devait autoriser l’aide à mourir en Angleterre et au Pays de Galles. Le comptage final donne 286 voix contre et 270 pour. La proposition est donc enterrée, une nouvelle fois, alors que le vote s’annonçait serré jusqu’au bout.
Dans le détail, ce dispositif aurait visé des malades dont l’espérance de vie était estimée à moins de six mois. Pour obtenir le feu vert, un patient aurait dû voir sa demande validée par deux médecins, puis par un collège d’experts. Dernière condition posée, il aurait fallu que la personne soit en mesure de s’administrer elle-même la substance mortelle.
Ce dossier revient pourtant sur la table depuis des mois. La proposition avait déjà franchi une étape en juin 2025, à une courte majorité, avant d’être abandonnée en avril face au long blocage de la chambre des Lords, la chambre haute du Parlement, qui n’est pas élue. Une députée travailliste a ressorti une version presque identique à la mi-juin. Le gouvernement travailliste, lui, est resté neutre et a laissé ses élus voter selon leur conscience. Le Premier ministre Andy Burnham, arrivé à Downing Street en juillet, a préféré ne pas participer au scrutin, pour ne pas peser sur les échanges.
Les arguments s’affrontent depuis des années. Les partisans voient dans la légalisation un moyen, pour des adultes en phase terminale, de partir dans la dignité. Les opposants craignent une pression insidieuse sur les personnes handicapées ou âgées. Au moment du vote, Janet Daby, députée travailliste, a raconté avoir changé d’avis. Après avoir soutenu le projet, elle dit avoir fait des cauchemars sur la mort et le fait de mourir. Lauren Edwards, à l’origine du texte, a reproché au Parlement d’avoir laissé passer sa chance. Elle juge la loi actuelle, qui punit l’aide à mourir de quatorze ans de prison au maximum, tout simplement trop cruelle et trop injuste pour rester en l’état.
Chez les associations, la déception est immense. Pour Dignity in Dying, qui milite pour une loi autorisant l’aide à mourir, ce rejet représente un revers dévastateur pour les personnes en fin de vie. Le combat ne s’arrête pas là, assure le collectif, pour qui la question n’est pas de savoir si la loi changera, mais quand. Rebecca Wilcox, dont la mère, la présentatrice Esther Rantzen, se bat contre un cancer en phase terminale, se dit complètement anéantie. Nous recommencerons, promet-elle. À l’inverse, le collectif Assist Us To Live, qui rassemble des personnes handicapées et des malades, parle d’une victoire pour tous ceux que le texte aurait mis en danger. Philip Friend, 80 ans, militant pour les droits des personnes handicapées, respire. Il redoutait un projet dépourvu des protections nécessaires.
Ce refus place le Royaume-Uni à part. La Belgique, le Canada, la Suisse et l’Uruguay ont déjà ouvert la voie. La France a approuvé en juillet, après des années de débats, cette réforme sociétale portée sous la présidence d’Emmanuel Macron. Plus près du Royaume-Uni, les îles de Jersey et de Man, qui disposent de leur propre gouvernement, ont voté des textes similaires, toujours en attente du sceau royal pour entrer en vigueur. L’Écosse, elle, a rejeté en mars son propre projet, par 69 voix contre 57. Un sondage Ipsos du 7 septembre indiquait pourtant que deux Britanniques sur trois se disent favorables, sur le principe, à une légalisation de l’aide à mourir.
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