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Ed Sheeran rattrapé par Gaza après l’éviction de Macklemore de sa tournée

Sa première partie a été écartée pour avoir appelé à « libérer la Palestine ». Depuis, la star britannique encaisse une tempête de critiques et découvre…

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Ed Sheeran rattrapé par Gaza après l'éviction de Macklemore de sa tournée

Sa première partie a été écartée pour avoir appelé à « libérer la Palestine ». Depuis, la star britannique encaisse une tempête de critiques et découvre qu’aucune mégastar n’échappe vraiment au conflit.

Rien ne prédestinait Ed Sheeran à ce genre de tempête. Le guitariste de rue devenu l’un des chanteurs les plus écoutés de la planète traversait une carrière sans aspérités, une machine à tubes que personne ne songeait à clouer au pilori. Il aura suffi d’une décision prise avant son concert à Philadelphie pour fissurer cette image. La tournée américaine de l’artiste s’est retrouvée au cœur d’une polémique après l’éviction du rappeur Macklemore, qui assurait ses premières parties. Ce qu’on lui reproche, deux prises de parole début septembre, lors desquelles il a appelé à « libérer la Palestine ». La pression de propriétaires de stades américains, dont le milliardaire Robert Kraft, a pesé dans cette décision.

Très vite, les reproches se sont retournés contre l’intéressé. Beaucoup lui ont reproché de ne pas avoir défendu son ami, et surtout de ne pas avoir osé un mot sur le sort des Palestiniens. Le chanteur Finneas, frère de Billie Eilish, a annoncé qu’il quittait la tournée avec d’autres musiciens, en expliquant que les artistes ne devaient pas être réduits au silence quand ils prennent la parole pour les opprimés. Les militants de la campagne pour le boycott académique et culturel d’Israël, connue sous le sigle PACBI, réclament de leur côté un boycott de la tournée, qualifiée de complice, tant que Macklemore n’y sera pas réintégré.

Ed Sheeran a tenté d’éteindre l’incendie. Il a assuré ne pas faire de son métier une plateforme politique, expliquant qu’il n’était pas complice, qu’il avait ses opinions personnelles sur ce conflit dévastateur et que le choix de ne pas s’exprimer publiquement ne signifiait pas ne rien ressentir. Ses détracteurs n’ont pas eu besoin de chercher loin pour lui répondre. Ils ont ressorti ses prises de position passées, un concert en soutien à l’Ukraine après l’invasion russe de 2022, une lettre ouverte signée en 2018 sur les conséquences du Brexit pour l’industrie musicale, et une interview de 2017 où il disait adorer Jeremy Corbyn, alors à la tête du Parti travailliste britannique. Aucune date de sa tournée américaine n’a été remise en cause jusqu’ici, mais le défi est inédit pour un artiste de 35 ans longtemps resté très consensuel.

Ce qui se joue dépasse largement le cas d’une seule star. Depuis le début de la guerre à Gaza et son bilan humain très lourd, plus de 73 000 morts côté palestinien, le sujet s’est invité partout, des Oscars aux Emmys en passant par les festivals de Cannes et de Berlin. Les images diffusées sur les réseaux sociaux ont nourri la mobilisation d’une nouvelle génération, y compris chez les artistes, qui prennent la parole plus volontiers qu’avant.

Le piège, pour les célébrités, tient à des attentes contradictoires. Une universitaire qui étudie l’industrie musicale estime que cet épisode ne devrait pas faire bouger les fans les plus fidèles, mais qu’il pourrait éloigner une partie du public qui écoute Ed Sheeran de façon occasionnelle. Elle va plus loin. En laissant des pressions extérieures écarter un artiste, puis en suivant ce mouvement, le chanteur a selon elle pris position, qu’il le veuille ou non. Sa réaction initiale n’a donc rien de neutre, et un vrai malaise entoure la gestion de toute cette affaire. Pour une machine à tubes aussi lisse, la leçon est limpide. Sur ce terrain, personne n’est neutre.

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