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145 pylônes, 65 kilomètres et tout un territoire dressé contre une ligne à haute tension

Réunis dans le théâtre antique d’Arles, environ 2 500 personnes ont dit non à une ligne électrique aérienne entre le Gard et les Bouches-du-Rhône. Élus…

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145 pylônes, 65 kilomètres et tout un territoire dressé contre une ligne à haute tension

Réunis dans le théâtre antique d’Arles, environ 2 500 personnes ont dit non à une ligne électrique aérienne entre le Gard et les Bouches-du-Rhône. Élus, agriculteurs et écologistes dénoncent un tracé qui traverserait la Camargue et la Crau.

Samedi soir, le théâtre antique d’Arles a accueilli un rassemblement peu banal. Environ 2 500 personnes y ont convergé pour dire non à un projet de ligne électrique aérienne entre le Gard et les Bouches-du-Rhône. Dans l’assistance, des dizaines de maires, de députés et de sénateurs portant leur écharpe, les anciennes ministres Delphine Batho et Françoise Nyssen, mais aussi des agriculteurs, des gardians et des Arlésiennes en costume traditionnel. Un mélange inhabituel, uni derrière un même refus.

Ce qui les rassemble tient en quelques chiffres. Le projet prévoit la plantation de 145 pylônes hauts de 40 à 60 mètres sur 65 kilomètres, pour porter une ligne à très haute tension de 400 000 volts entre Jonquières, dans le Gard, et Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, à l’horizon 2030. Le tracé traverserait les vignobles des Costières de Nîmes, le parc naturel de Camargue, réserve mondiale de biodiversité, et la plaine de la Crau, une steppe méditerranéenne unique en Europe.

Pour l’État et les industriels, de plus en plus pressés, cette infrastructure conditionne la décarbonation de l’immense zone industrialo-portuaire de Marseille-Fos, où de grands projets très gourmands en électricité sont attendus dans les prochaines années. Les opposants, eux, pointent des conséquences qualifiées d’irréversibles sur l’environnement et la biodiversité, en particulier sur les populations d’oiseaux, dont certaines espèces sont déjà menacées d’extinction. Ils évoquent aussi les dégâts pour les vignobles, l’élevage, la riziculture et le tourisme.

La tension s’est déjà déplacée devant les tribunaux. Carole Guintoli, rizicultrice et éleveuse, est assignée lundi devant la justice administrative, comme six autres agriculteurs, pour avoir refusé l’accès de sa parcelle au gestionnaire du réseau électrique. La gorge nouée, elle a raconté ses peurs, celle qu’on lui interdise de cultiver son riz, celle pour ses juments et ses poulains, celle de compter les oiseaux morts, celle de devoir tout arrêter et tout quitter.

Le collectif citoyen THT 13-30 défend une autre voie, un enfouissement partiel de la ligne. RTE a écarté cette option, la jugeant trop coûteuse et incompatible avec le calendrier des projets industriels, un calendrier qui reste encore flou. Les associations redoutent qu’une fois les sénatoriales passées, le préfet lance l’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique, le feu vert officiel aux travaux.

Sur scène, les prises de parole se sont enchaînées. Le maire d’Arles Patrick de Carolis a estimé que cette ligne aérienne, imposée sans consensus territorial, porte en elle les conditions de son échec et mettra des années à sortir de terre. Son homologue de Beaucaire, Nelson Chaudon, a prévenu que l’État n’avait désormais que deux chemins possibles, l’enfouissement ou l’abandon pur et simple. Sinon, a-t-il averti, c’est un territoire entier qui se lèvera, avec ses élus à ses côtés.

Du côté agricole, Clément Lajoux, porte-parole des organisations professionnelles agricoles des Bouches-du-Rhône, assure qu’aucun pylône ne sera planté sur leur territoire et que la colère monte dans les chaumières. Cyril Mares, président des Costières de Nîmes et de la Copa-30, promet d’employer tous les moyens légaux et agite le spectre d’une ZAD en Camargue, à l’image de celle de Notre-Dame-des-Landes qui avait fini par faire abandonner un projet d’aéroport.

Les présidents des deux régions concernées, Renaud Muselier et Carole Delga, ont chacun écrit au préfet ces dernières semaines. Le premier redoute qu’un passage en force n’entraîne un blocage irrémédiable, la seconde s’interroge sur la pertinence même de cette ligne et réclame son abandon. Pour le porte-parole du collectif THT 13/30, jamais un projet d’infrastructure n’avait suscité un tel front du refus.

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