Société
Après la mobilisation des salariés, l’édito de Valeurs actuelles disparaît de France Inter
Le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles ne signera pas son troisième édito sur France Inter. Il a décliné la proposition d’en faire un…


Le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles ne signera pas son troisième édito sur France Inter. Il a décliné la proposition d’en faire un débat, et ni la direction ni les syndicats ne parlent de victoire.
Depuis la fin de l’été, le personnel de Radio France conteste la venue à l’antenne d’un cadre du magazine Valeurs actuelles. La publication se présente comme conservatrice, mais elle véhicule des idées d’extrême droite et a été épinglée plusieurs fois par la justice, notamment pour injure publique à caractère raciste. Deux journées de grève ont déjà bousculé les programmes. Cette fois, la mobilisation a pesé. Le rendez-vous politique n’aura pas lieu.
Le chroniqueur a annoncé sur les réseaux sociaux avoir refusé la proposition de la direction. Celle-ci voulait transformer son édito politique de deux minutes trente en débat contradictoire, alors que deux numéros avaient déjà été diffusés. Elle a confirmé cet aménagement, puis a pris acte du refus. Résultat, le troisième édito tombe à l’eau. L’intéressé avait rejoint Valeurs actuelles cet été, après un passage au Point.
Le principal concerné dénonce une censure préventive. Il raille une logique étrange, où il suffirait d’imaginer ce qu’un chroniqueur pourrait dire pour s’en indigner et débrayer, sans qu’il ait jamais prononcé le moindre mot condamnable. De son côté, la direction martèle que cette interruption n’est une victoire pour personne. Elle promet que France Inter restera un lieu de dialogue ouvert à toutes les sensibilités, campagne présidentielle oblige.
Les syndicats, eux, refusent de sabrer le champagne. L’intersyndicale CGT-CFDT-FO-SNJ-Sud-Unsa se dit fière d’avoir défendu les valeurs du service public face à une direction prête à tous les renoncements. Elle regrette toutefois que l’affaire ait fait du mal à Radio France et offert un prétexte à ceux qui veulent démolir l’audiovisuel public. Elle réclame désormais une vraie discussion sur la façon d’appliquer le pluralisme élargi. La Société des journalistes de France Inter salue de son côté la mobilisation de la rédaction, en rappelant qu’elle ciblait avant tout la ligne du magazine, jugée contraire aux valeurs et au cahier des charges du service public.
Le monde politique s’est vite emparé du dossier. À droite, Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a raillé un petit théâtre antifasciste qui prêterait presque à sourire, sauf que les Français le financent. Jordan Bardella a estimé, lui, que la Maison de la Radio avait été privatisée par des gens qui détestent la démocratie et n’aiment pas le pluralisme. Le président du Rassemblement national a profité d’un déplacement dans l’Oise pour réaffirmer sa promesse de privatiser l’audiovisuel public en cas de victoire. À gauche, Manuel Bompard a fustigé un bel exercice de victimisation. Le coordinateur insoumis ramène le débat à une question simple. Le directeur adjoint d’un journal condamné pour incitation à la haine raciale a-t-il sa place sur le service public? Pour lui, la réponse est non, et il rappelle que des éditorialistes de droite existent en dehors de Valeurs actuelles.
Sa venue sur franceinfo, autre chaîne du service public, avait elle aussi été contestée.
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