Société
Léon XIV, le pape américain qui a vite trouvé sa voix
Élu en mai 2025, le premier pape américain de l’histoire s’est peu à peu débarrassé de son image d’homme effacé. Sa visite en France, fin septembre…


Élu en mai 2025, le premier pape américain de l’histoire s’est peu à peu débarrassé de son image d’homme effacé. Sa visite en France, fin septembre, s’annonce comme un rendez-vous très attendu.
Élu le 8 mai 2025, Robert Francis Prevost est devenu le 267e pape et, surtout, le premier Américain à prendre la tête de l’Église catholique. Un profil inattendu, porté par une expérience singulière et une connaissance fine des rouages romains.
Né le 14 septembre 1955 dans une famille aux racines monégasques, espagnoles, italiennes, canadiennes et créoles, il garde pourtant un lien direct avec l’Hexagone. Sa grand-mère paternelle a vu le jour au Havre, avant de partir pour les États-Unis au début du XXe siècle. S’il lit et comprend le français, il le parle mal et sa maîtrise de l’histoire nationale reste incertaine. Il se dit en revanche sensible à la spiritualité française et à plusieurs de ses grandes figures, de Thérèse de Lisieux à Charles de Foucauld, en passant par Sœur Emmanuelle. Sa visite en France, prévue du 25 au 28 septembre, suscite déjà un enthousiasme populaire et médiatique considérable.
Décrit comme prudent, calme et méthodique, cet intellectuel brillant et polyglotte a longtemps cultivé la discrétion. Cette période semble révolue. Il n’hésite plus à dénoncer la corruption face à des dirigeants africains au pouvoir depuis des décennies, à défendre les migrants ou à répondre aux attaques de Donald Trump, qui l’avait qualifié de faible et de nul en politique étrangère en avril. De quoi lui attirer la sympathie bien au-delà des milieux catholiques.
À 71 ans, il joue au tennis, nage et soutient l’équipe de base-ball des White Sox de Chicago. Son rapport à la technologie étonne aussi. Une montre connectée glisse sous sa soutane, et il se prête volontiers au jeu des adolescents en reproduisant la gestuelle du « Six-Seven », devenue virale sur les réseaux. Un pape qui a su s’approprier les codes de la communication moderne, là où son prédécesseur argentin restait plus en retrait.
Le fond compte tout autant. Publiée en mai, sa première encyclique, Magnifica Humanitas, appelle à mettre l’intelligence artificielle au service de la dignité humaine. Le texte a rencontré un écho important hors des cercles catholiques, porté par un parcours où se croisent les sciences, les mathématiques et la réparation de voitures comme d’ordinateurs.
Sur la scène internationale, il a repris à son compte la grande préoccupation de François pour la paix, multipliant les appels à la négociation et proposant une médiation du Saint-Siège entre Moscou et Kiev. Avec une nuance de taille, un ton plus ferme face à l’invasion russe. Son opposition à Donald Trump le rend populaire et en fait, pour beaucoup, une figure de résistance face aux dangers du populisme autoritaire.
Sa trajectoire éclaire cette autorité. Ordonné prêtre en 1982 après des études de théologie, il rejoint l’ordre mendiant de Saint-Augustin et en devient le supérieur de 2001 à 2013, visitant des communautés aux quatre coins du monde. Envoyé comme missionnaire au Pérou, il en adopte la nationalité et y noue des liens si forts qu’on le présente comme le moins américain des Américains. Il aime son pays d’origine, mais se voit d’abord comme le pasteur d’une Église universelle. Créé cardinal en 2023, il dirigeait alors le puissant dicastère pour les évêques et s’était forgé à Rome une réputation de médiateur habile, capable de faire dialoguer progressistes et conservateurs. Cette double compétence, locale et internationale, a pesé lourd au moment du conclave.
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