Europe
En Russie, un scrutin joué d’avance et des drones dans le ciel de Moscou
Les Russes votent ce dimanche pour le dernier jour de législatives dont l’issue ne fait guère de doute. Entre frappes de drones, cyberattaque et appel de…


Les Russes votent ce dimanche pour le dernier jour de législatives dont l’issue ne fait guère de doute. Entre frappes de drones, cyberattaque et appel de l’opposition exilée, ce rendez-vous électoral dit surtout beaucoup de l’état d’un pays en guerre.
Entamé vendredi, le vote s’achève dimanche en fin de journée. Il doit renouveler les 450 sièges de la Douma, la chambre basse du Parlement russe. Ce sont les premières législatives depuis l’offensive à grande échelle lancée contre l’Ukraine en 2022, et elles se tiennent aussi dans les territoires ukrainiens occupés puis annexés. Sur le papier, la compétition existe. Dans les faits, elle n’en est pas une, tant la répression de toute voix dissidente est brutale et tant le seul parti frontalement hostile à la guerre, Iabloko, a été écarté des bulletins.
Le dernier jour de scrutin a été précédé d’une nuit agitée dans la capitale. Des centaines de drones ont été lancés en direction de Moscou. Andreï Vorobiov, le gouverneur de la région qui entoure la ville, a annoncé que la défense anti-aérienne en avait abattu 249, plusieurs zones résidentielles de la périphérie ayant été touchées et deux personnes tuées. Dans Moscou même, une importante raffinerie a été endommagée, selon le maire Sergueï Sobianine. Ce rappel brutal que la guerre frappe aussi le sol russe s’ajoute à un autre incident. La commission électorale a signalé une « cyberattaque très puissante » visant à perturber le vote, mené en partie par voie électronique dans une trentaine de régions. Des lignes de communication ont également été sectionnées en Extrême-Orient. Sa présidente, Ella Pamfilova, a qualifié ces faits d’« acte délibéré de sabotage », tout en assurant que la sécurité du système était préservée.
Côté politique, l’offre est réduite à peau de chagrin. Face à Russie unie, la formation au pouvoir, seuls des partis qui soutiennent à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit ont été autorisés à concourir. Les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes. Privée de campagne, l’opposition en exil a trouvé une autre manière de se faire entendre, en appelant tous ceux qui rejettent la guerre à se rendre aux urnes dimanche à midi, au même moment, partout, histoire de mesurer leur nombre. De son côté, l’Union européenne a dénoncé un scrutin organisé dans un climat de « répression systématique et institutionnalisée ».
Dans la rue, les électeurs parlent surtout de leur quotidien. Devant un théâtre du centre de Moscou transformé en bureau de vote, Tatiana, retraitée de 71 ans qui préfère taire son nom, explique avoir choisi Russie unie, qu’elle présente comme le plus grand parti, le plus travailleur et le plus efficace. Diana, 30 ans, a voté pour les Nouvelles personnes, en espérant que cette formation se penchera davantage sur les questions économiques. « Beaucoup de gens ont perdu leur emploi. Les salaires sont désormais en baisse, et non plus en hausse », regrette cette jeune femme qui a demandé l’anonymat, et qui aimerait la paix avec l’Ukraine. Avant de douter. « Mais en regardant toute cette situation, il me semble que la guerre ne finira pas bientôt. »
Le contexte pèse lourd sur ce rendez-vous. Les Russes vivent sous sanctions occidentales, encaissent des frappes ukrainiennes régulières, subissent des pénuries d’essence et voient le fonctionnement d’internet se dégrader dans plusieurs régions. Un autre sujet hante les esprits, celui d’une nouvelle vague de mobilisation militaire, sur le modèle de celle de septembre 2022 qui avait concerné 300 000 réservistes. Depuis que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé qu’une telle mesure serait annoncée « à l’automne », après les législatives, Vladimir Poutine et son entourage l’ont démentie à plusieurs reprises. Une hypothèse profondément impopulaire, y compris dans les cercles dirigeants. Pour les analystes, c’est justement là que tout se joue. Le taux de participation et les scores des partis alternatifs en diront plus long sur l’état d’esprit réel du pays que le nom du vainqueur.
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