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En Turquie, la traque des LGBT+ ouvre la campagne d’Erdogan pour 2028

Des bars pris d’assaut, des centaines de gardes à vue, des comptes suspendus et des rassemblements dispersés. Pour le militant Yildiz Tar, déjà passé deux…

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En Turquie, la traque des LGBT+ ouvre la campagne d'Erdogan pour 2028

Des bars pris d’assaut, des centaines de gardes à vue, des comptes suspendus et des rassemblements dispersés. Pour le militant Yildiz Tar, déjà passé deux fois par la prison, cette offensive lancée le 12 septembre n’a rien d’un dérapage isolé, elle sonne comme le premier acte de la présidentielle turque.

Depuis le 12 septembre, la pression ne retombe pas. Les policiers débarquent dans les bars, les interpellations s’enchaînent, les pages et les profils de la communauté disparaissent des réseaux sociaux, les manifestants sont repoussés puis embarqués, et les procédures judiciaires pleuvent. Une semaine de bras de fer que les intéressés racontent de l’intérieur, sans rien lâcher.

Yildiz Tar a 36 ans. Il milite à Kaos GL, une organisation en première ligne sur la défense des droits des homosexuels et des personnes transgenres, et il dirige la revue en ligne de la structure. Dans un café de la capitale, il décrypte la logique cachée derrière les coups de filet. « Nous sommes un peu comme le laboratoire du gouvernement. Ils exercent d’abord leur pouvoir sur nous. Et s’ils réussissent, ils exportent la méthode au reste de la société », explique-t-il. Pour lui, la suite est déjà écrite. « Cela a toujours été comme ça. Cela peut être le signe d’une ère plus large et bien pire, qui est en train de commencer. »

Le calendrier électoral, justement, ne doit rien au hasard. La date du prochain scrutin présidentiel a été dévoilée dans la foulée de l’opération. Sous réserve des formalités législatives, le vote est fixé au 16 avril 2028, soit un mois avant la fin théorique du mandat du chef de l’Etat. Un timing qui permet de contourner la Constitution, laquelle lui interdit de se représenter s’il va au bout de ce mandat. « C’est lié aux élections. C’était comme le début de la campagne électorale. Et la tension va probablement monter », prévient le militant.

Sur la route des urnes, un homme occupe déjà le devant de la scène. Akin Gürlek, ministre de la Justice omniprésent et très ambitieux, a promis de poursuivre l’offensive au nom de la défense de la famille. « Il sera l’une des figures les plus en vue. Il n’est pas seulement ministre de la Justice, il contrôle aussi d’autres ministères. C’est un super-ministre », souligne Yildiz Tar.

Le pouvoir islamo-conservateur abhorre la contestation. Mais il bute sur une société civile vibrante, insensible aux menaces, aux coups et à la prison. Yildiz Tar le sait mieux que personne, il peut retourner derrière les barreaux pour presque rien. Les motifs ne manquent pas, de la simple « obscénité » à l’« aide à la prostitution » en passant par les « liens financiers avec l’étranger ». Le mouvement, lui, tient bon. « Ils nous placent en garde à vue, ils nous arrêtent, mais nous sommes toujours dans les rues, au parlement, dans d’autres sphères de la société. Ça les démange et ils veulent se débarrasser de nous », lance-t-il, remonté.

À Izmir, Istanbul et Ankara, les trois plus grandes villes du pays, les rassemblements se sont enchaînés en début de semaine. Peu de monde à chaque fois, mais une résistance systématique à l’ordre de dispersion, et des centaines d’interpellations à la clé. Dans une Turquie fortement polarisée, entre le conservatisme islamique porté par le pouvoir et une partie de l’opinion tournée vers un Occident démocratique et laïque, le genre et la sexualité restent des marqueurs brûlants. « Le gouvernement essaie de façonner la société à son image, pour la rendre plus homophobe », dénonce l’activiste. « Ils veulent nous présenter comme des démons qui chercheraient à injecter notre perversion dans la société. » Il craint que ce discours n’encourage les passages à l’acte des agresseurs.

Le soutien politique, lui, reste maigre. Le Nouveau Parti (Yeni), première formation d’opposition, s’est contenté d’un communiqué attendu au quatrième jour de l’opération. Le parti pro-kurde DEM a réagi plus vite, « mais ce n’est pas suffisant », regrette Yildiz Tar. Dans un pays encore très conservateur, les associations LGBT+ n’ont donc que leurs propres forces. Et elles continuent de répéter qu’elles ne nourrissent aucun projet subversif. « Ils disent que nous avons un agenda caché et je peux le confirmer, nous ne voulons pas nous faire assassiner », ironise le militant. « Nous voulons travailler dans un environnement paisible, avoir un foyer, des amis. Nous voulons être respectés et nous voulons vivre dans la dignité. »

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