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Sécheresse, dettes et isolement, le cri des agriculteurs qui tiennent encore

En Charente-Maritime comme ailleurs, les exploitants encaissent une sécheresse historique et des charges qui grimpent sans répit. Les associations d’aide…

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Sécheresse, dettes et isolement, le cri des agriculteurs qui tiennent encore

En Charente-Maritime comme ailleurs, les exploitants encaissent une sécheresse historique et des charges qui grimpent sans répit. Les associations d’aide redoutent un hiver très dur et appellent à ne pas rester seul face à la détresse.

À 64 ans, Bruno Héron élève des chèvres et cultive des céréales en Charente-Maritime depuis 1981. Sur ses 63 hectares à Saint-Hilaire-du-Bois, à une heure de route au nord de Bordeaux, la saison a viré au casse-tête. Il estime avoir perdu 30% de son lait à cause de la chaleur. Et ses réserves de foin, destinées à nourrir une soixantaine de bêtes pendant l’hiver, se réduisent mois après mois.

Depuis avril, la pluie ne tombe plus. « On n’a pas eu d’eau depuis avril », lâche cet exploitant qui n’irrigue pas. Les rendements de ses grandes cultures sont « tout petits ». Confronté à des intrants et à un gasoil de plus en plus chers, il a fait un choix, agrandir ses surfaces de jachère. « Au moins, je ne débourse rien », explique-t-il. Il perçoit pour cela des primes de la PAC et du dispositif des MAEC, versées à l’hectare. Sans elles, dit-il, il ne serait sans doute plus là.

Son salut est venu d’une association. Après la destruction de ses récoltes en 2018, alors qu’il n’avait pas d’assurance, Bruno Héron s’est senti « perdu face à l’administratif » et a poussé la porte de Solidarité Paysans. « Grâce à eux, je suis encore là, en plan de sauvegarde. Autrement, on est seuls, on va dans le mur », témoigne-t-il. Ce réseau national, créé en 1992, accompagne les agriculteurs en difficulté de tout ordre. Il s’appuie sur 1.300 bénévoles, souvent d’anciens exploitants, et 111 salariés. En 2025, plus de 4.000 agriculteurs ont été épaulés, selon son premier rapport annuel publié mercredi. Bruno Héron continue de solliciter l’antenne de Saintes pour discuter et obtenir des conseils.

« On est neutres et gratuits, en dehors de la cotisation annuelle. On écoute beaucoup, on oriente vers les services adaptés, en lien avec les partenaires », détaille Philippe Rousteau, bénévole et ancien viticulteur. Avec Pauline Ferreira, salariée, il se rend sur les exploitations. Encore faut-il que les agriculteurs demandent de l’aide. « Parfois les compagnes, par exemple, forcent la main. Cela ne fonctionne pas », prévient l’animatrice.

Partout, les appels se multiplient. « Et on s’attend à beaucoup de demandes cet hiver. Seuls, ils ne peuvent pas s’en sortir. Le malaise est profond. Une partie des exploitants est déprimée, l’autre est en colère. Et ceux qui ont le moral bas vont devenir en colère », alerte la salariée. Jean-François Fruttero, président de la Caisse centrale de la MSA, confirme. La sécheresse pèse lourdement sur la santé physique et psychologique des exploitants, et l’agriculture bascule dans une crise plus structurelle que conjoncturelle.

La MSA, partenaire de l’association, a déployé plusieurs dispositifs pour aller vers les agriculteurs. Agri’écoute, un service d’écoute en ligne, fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, avec un psychologue au bout du fil. « Les premiers motifs d’appels ne sont pas les problèmes financiers mais l’isolement, la pression familiale ou encore l’agribashing », souligne Magalie Rascle, directrice déléguée aux politiques sociales. Des sentinelles, volontaires du monde rural, parcourent les campagnes pour repérer les risques de détresse. La MSA propose aussi des échéanciers de paiement des cotisations ou une aide au répit, avec un service de remplacement.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Agri’écoute a recensé 4.230 appels en 2025. « Nous arriverons possiblement à 6.000 à la fin de l’année car on redoute que ça s’accentue cet hiver. Les agriculteurs auront des difficultés à nourrir leurs bêtes, ils vont faire un bilan financier. Il y aura les répercussions de cet été très difficile pour l’ensemble des filières agricoles », anticipe la directrice.

Malgré la formation des bénévoles et les plans de prévention, le risque suicidaire reste bien réel. « Il y en a encore beaucoup et malheureusement, il y en aura d’autres », regrette l’animatrice de Solidarité Paysans.

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