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Le Cambodge exhibe ses prises de guerre contre les arnaques en ligne

Des cabines d’appel insonorisées, un faux commissariat de police et des liasses de faux billets. Pour prouver qu’il sévit enfin, le Cambodge a ouvert ses…

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Le Cambodge exhibe ses prises de guerre contre les arnaques en ligne

Des cabines d’appel insonorisées, un faux commissariat de police et des liasses de faux billets. Pour prouver qu’il sévit enfin, le Cambodge a ouvert ses saisies aux médias, pendant qu’une vingtaine de pays se réunissent à Phnom Penh.

C’est à Phnom Penh que se tient cette semaine la Conférence internationale contre les escroqueries en ligne, l’ICCOS. Une vingtaine de pays y participent, parmi lesquels la Chine et les États-Unis. Le rendez-vous tombe à un moment où le Cambodge subit une pression croissante pour frapper fort contre un commerce illégal qui pèse des milliards de dollars.

Le décor est connu. L’Asie du Sud-Est s’est imposée comme le point de ralliement des réseaux mafieux, qui déploient une véritable armée d’escrocs en ligne. Certains sont volontaires, d’autres travaillent sous la contrainte. Leur méthode consiste à soutirer de l’argent à des internautes en jouant la carte de la relation amoureuse ou en leur promettant des investissements en cryptomonnaie. Longtemps accusé d’avoir laissé prospérer ces centres d’arnaque, le Cambodge a lancé en 2025 une vaste campagne contre le secteur, sous la pression de son allié chinois, mais aussi de Washington, de Londres et d’autres capitales.

Devant les participants, le Premier ministre Hun Manet a posé une limite claire. « Le Cambodge ne sera jamais un refuge pour les escroqueries en ligne », a-t-il assuré. Son homologue chinois Yang Weilin, vice-ministre de la Sécurité publique, a salué la coopération entre Phnom Penh et Pékin, en rappelant qu’« aucun pays ne peut rester à l’abri ni s’attaquer seul au problème ». Il a tout de même prévenu que « le terreau de la fraude en ligne n’a pas été entièrement éradiqué ». Autrement dit, la bataille continue.

Pour appuyer son propos, le gouvernement a sorti ses plus belles prises. Parmi elles, un centre d’arnaque de 120 hectares installé près de la frontière vietnamienne, qui aurait fait travailler quelque 20.000 fraudeurs l’an dernier. Les journalistes invités ont pu voir des rangées de cabines d’appel insonorisées et des faux billets de 100 dollars jonchant le sol. Un faux commissariat singapourien servait de décor à des escrocs passant des appels vidéo sous l’identité de policiers. Le site était cogéré par des figures du conglomérat cambodgien Prince Group et du groupe Huione, tous deux extradés vers la Chine cette année.

Côté chiffres, Hay Makara, responsable de la commission cambodgienne anti-escroqueries, avance 663 sites fermés à ce jour, dont 86 grands complexes, et 300 millions de dollars gelés sur des comptes liés à ces arnaques. « A l’heure actuelle, il n’y a plus de complexes d’escroqueries », a-t-il affirmé, avant de reconnaître que « les criminels s’adaptent » et opèrent désormais « depuis des maisons, des chambres louées, des hôtels, voire dans des voitures ». Les autorités ont également indiqué le mois dernier avoir interpellé près de 30.000 suspects, dont 15 hauts responsables et membres des forces de l’ordre.

Ces annonces ne convainquent pas tout le monde. Pour plusieurs spécialistes, le secteur n’a pas disparu, il s’est transformé. Les sites sont plus petits, plus discrets. « Ils pourraient revenir dès demain », prévient Jacob Sims, expert de la criminalité transnationale. Selon lui, si l’action du gouvernement est « indéniable », « les réseaux de protection des élites, les bâtiments eux-mêmes, les institutions financières et les entreprises restent tous parfaitement en place ». Lindsey Kennedy, spécialiste du crime organisé, va plus loin. Aucun travail sérieux n’aurait été mené pour enquêter sur les sites fermés ou interroger les personnes impliquées. « Ils ont fait le strict minimum », estime-t-elle, en pointant l’absence de preuves rassemblées pour empêcher ces groupes de s’implanter ailleurs ou pour démanteler réellement les réseaux.

La pression internationale, elle, monte d’un cran. Les États-Unis ont dévoilé de nouvelles restrictions de visas visant 32 personnes non nommées, majoritairement liées au Prince Group, déjà sanctionné par Washington, Londres et Séoul. En visite à Phnom Penh en juillet, le directeur du FBI Kash Patel avait désigné les escroqueries en ligne comme une « priorité absolue », en appelant à traduire les responsables en justice et à partager davantage d’informations. Du côté chinois, la pression reste constante mais plus discrète, observe Lindsey Kennedy. Aucune sanction n’est annoncée, et le sujet ne refait surface que lorsqu’une arrestation a lieu.

L’enjeu dépasse largement les frontières cambodgiennes. Les réseaux mafieux ont d’abord visé les internautes parlant chinois avant de s’attaquer à des victimes d’autres langues. Les États-Unis estiment que sur la seule année 2025, des groupes criminels d’Asie du Sud-Est ont engrangé 18,2 milliards de dollars grâce à des arnaques en ligne visant des Américains. Le phénomène prospère aussi dans une Birmanie en pleine guerre civile et au Laos.

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