Europe
Un Français libéré par Bakou, au prix d’un cadeau offert à deux oligarques russes
Martin Ryan, détenu en Azerbaïdjan depuis décembre 2023, a été gracié mercredi par le président Ilham Aliev. Sa remise en liberté tombe quelques heures…


Martin Ryan, détenu en Azerbaïdjan depuis décembre 2023, a été gracié mercredi par le président Ilham Aliev. Sa remise en liberté tombe quelques heures après la levée des sanctions européennes visant deux milliardaires russes, un marchandage qui fait grincer des dents jusqu’à Kiev.
Le décret est paru mercredi sur le site de la présidence azerbaïdjanaise. Martin Ryan, né en 1988, y figure parmi vingt personnes graciées, et il est le seul ressortissant français de la liste. Ilham Aliev a justifié sa décision en évoquant tour à tour la personnalité des intéressés, leur état de santé et leur situation familiale. Quatre autres étrangers ont profité de la même mesure, un Russe, un Pakistanais et deux Turcs.
Cette libération n’est pas tombée du ciel. Paris réclamait depuis des mois la sortie de prison de cet homme d’affaires installé à Bakou, et la diplomatie française a fait le tour des capitales européennes pour obtenir la levée des sanctions qui visaient Alicher Ousmanov, un oligarque russo-ouzbek. L’idée défendue par la France était simple. Un accord global sur des prisonniers, dont des citoyens français détenus en Azerbaïdjan, en échange d’un coup de pouce à l’oligarque. La brèche une fois ouverte, le Luxembourg s’y est engouffré et a réclamé, puis obtenu, la même faveur pour le russo-israélien Mikhaïl Fridman, qui poursuivait le Grand-Duché en justice et exigeait quinze milliards d’euros de réparations au titre des sanctions européennes.
Les deux milliardaires, réputés proches du Kremlin et accusés de soutenir l’effort de guerre russe contre l’Ukraine, ont donc été rayés de la liste mardi. À Kiev, la colère a été immédiate. Volodymyr Zelensky a dénoncé une démarche « autodestructrice », rappelant que la Russie mène des attaques brutales contre sa population. À Bruxelles, l’insistance française sur le dossier Ousmanov en a laissé plus d’un perplexe. Paris a invoqué des « raisons de sécurité nationale » devant ses partenaires, sans en dire davantage.
L’affaire Ryan remonte à fin 2023. Arrêté le 4 décembre à Bakou, où il vivait depuis plusieurs années, cet homme d’affaires s’est vu reprocher par les autorités azerbaïdjanaises de travailler pour les services secrets français. Selon l’accusation, il aurait collecté des informations sur les liens de l’Azerbaïdjan avec la Turquie, l’Iran et le Pakistan, sur des entreprises liées à la Russie et à la Chine, ainsi que sur le Karabakh. Le ministère français des Affaires étrangères a toujours rejeté ces accusations, qualifiant la détention d’arbitraire. Son procès s’est ouvert en janvier 2025 à Bakou, mais la condamnation n’est tombée que le 16 mars, à dix ans de prison pour espionnage. Un coaccusé azerbaïdjanais, Azad Mamedli, a écopé de douze ans pour haute trahison.
Tout n’est pas réglé pour autant. Un autre Français reste derrière les barreaux en Azerbaïdjan, l’homme d’affaires Anass Derraz, condamné à douze ans de prison en novembre à Bakou, dans une affaire où il lui est reproché d’avoir accepté un pot-de-vin d’un oligarque russe. Et le climat entre Paris et Bakou demeure lourd. Les relations se sont dégradées après la reprise, en septembre 2023, du contrôle du Karabakh par l’Azerbaïdjan, territoire alors à majorité arménienne, ce qui a poussé plus de cent mille habitants à partir. Bakou n’a pas digéré le soutien affiché de Paris à l’Arménie, tandis que la France accuse de son côté l’Azerbaïdjan d’ingérence dans ses territoires d’outre-mer, ce que Bakou dément. En mai, Emmanuel Macron et Ilham Aliev se sont parlés au téléphone pour évoquer les moyens de redonner un peu de souffle à une relation très abîmée.
À lire aussi





PolitiqueEn Ligne 1 jourMélenchon mène une campagne en retrait, avec des discours écrits au millimètre



ÉconomieEn Ligne 5 joursLidl France change de patron et surprend ses propres équipes



PolitiqueEn Ligne 3 joursSégolène Royal compare Raphaël Glucksmann à un stagiaire à la tête du pays



EuropeEn Ligne 7 joursFace aux attaques hybrides venues de Russie, Macron convoque son état-major et bouscule son agenda



EuropeEn Ligne 5 joursHuit pays des Carpates font bloc autour de l’Ukraine



PolitiqueEn Ligne 7 joursCarburants, l’exécutif prolonge les aides jusqu’à fin décembre pour désamorcer la grogne



Faits DiversEn Ligne 7 joursÀ Macao, le premier procès pour subversion se tient à huis clos



PolitiqueEn Ligne 7 joursCarburants, Macron sonne la mobilisation générale








