Nous rejoindre sur les réseaux

Politique

Le Rassemblement national lâche du lest sur la Russie à quelques mois de la présidentielle

Le parti de Marine Le Pen promettait un « programme de rupture ». Sur la scène internationale, c’est plutôt un retour dans le rang auquel on assiste…

Article

le

Le Rassemblement national lâche du lest sur la Russie à quelques mois de la présidentielle

Le parti de Marine Le Pen promettait un « programme de rupture ». Sur la scène internationale, c’est plutôt un retour dans le rang auquel on assiste, entre Moscou, Bruxelles et Washington. La conquête du pouvoir impose visiblement quelques ajustements.

Il y a des communiqués qui disent beaucoup plus que leur contenu. Ce week-end, le Rassemblement national a changé de ton face à la Russie, accusée d’« acte hostile » après la prise de contrôle de filiales locales de groupes français. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont signé ensemble un texte d’une fermeté inhabituelle, assurant que « la politique étrangère de la France ne saurait être déterminée à Moscou ». Le duo jure de ne céder à « aucune provocation » ni à « aucune action de déstabilisation » du Kremlin, prêt selon eux à toutes les « actions hybrides » pour servir « ses buts de guerre en Ukraine ».

Difficile d’imaginer virage plus net. Vladimir Poutine avait reçu Marine Le Pen en personne avant l’élection de 2017, manière de lui apporter son soutien. En retour, la cheffe de file de l’extrême droite n’a jamais remis en cause l’annexion de la Crimée, et son parti n’a voté aucune des sanctions européennes depuis l’invasion terrestre de 2022. La réponse de Moscou n’a pas traîné. Le Kremlin s’est dit « catégoriquement en désaccord », et l’ancien président russe Dmitri Medvedev a rangé le RN du côté de la « russophobie ». Mais pour une formation qui prétend gouverner dès l’an prochain, ignorer la « dégradation de la situation sécuritaire » devenait intenable.

Un épisode a sans doute pesé. Dans une salle de crise de l’Élysée, les principaux candidats et chefs de parti ont reçu un exposé du renseignement, livré en personne. Marine Le Pen n’y était pas. Elle avait choisi de maintenir un déplacement de campagne. Envoyé à sa place, Jordan Bardella est resté accroché au dossier du prix des carburants, loin du sujet qui occupait la pièce. Il fallait rattraper le coup, quitte à reprendre des arguments du pouvoir en place. Quelques jours plus tôt déjà, Marine Le Pen reconnaissait que « c’est Emmanuel Macron qui a raison » de ne pas envoyer de Rafale protéger le ciel ukrainien, à rebours de ce que demande par exemple Raphaël Glucksmann. Son explication tient en une phrase. Un tel geste « pourrait nous faire basculer dans la cobelligérance ».

Sur l’argent envoyé à Kiev, le discours a également été revu. Le soutien baissera, pour des raisons budgétaires, mais sans « couper le robinet » comme l’avait suggéré son lieutenant Louis Aliot. « On peut continuer à former leurs soldats, à leur apporter du matériel pour pouvoir se défendre », concède-t-elle désormais. Un député du parti a même assuré que les engagements humanitaires seraient tenus, tout comme les sanctions contre la Russie qui « n’ont pas d’impact contre les intérêts de la France ».

Ce recentrage dépasse le dossier ukrainien. Sur l’Europe, le mouvement a abandonné depuis longtemps l’idée de quitter l’UE et l’euro. Place à un nouveau slogan, « tout changer sans rien briser », porté par une dynamique électorale favorable et par celle de ses alliés sur le continent. Le parti assume ce changement de posture et répète qu’« on ne quitte pas la table du jeu quand on est sur le point de gagner la partie ». Avec, en ligne de mire, un référendum destiné à faire primer la Constitution française sur le droit communautaire.

Les contradictions n’empêchent pas les corrections quand le vent tourne. L’exemple de Donald Trump est parlant. Après sa réélection, Jordan Bardella s’était réjoui d’un « vent de liberté » venu d’Amérique. Le voilà qui défend aujourd’hui le « rapport de force » face aux velléités guerrières des États-Unis, du Venezuela à l’Iran. Marine Le Pen dénonce de son côté « une forme d’impérialisme », elle qui a tourné le dos à celui qui l’avait soutenue après sa première condamnation judiciaire. Son verdict est tranchant. « Il a fait exactement l’inverse de ce qu’il avait promis. »

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus