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Bangkok accuse Phnom Penh de jouer les victimes dans la bataille des mers

Un an après des affrontements meurtriers le long de leur frontière terrestre, la Thaïlande et le Cambodge s’opposent cette fois devant des médiateurs…

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Bangkok accuse Phnom Penh de jouer les victimes dans la bataille des mers

Un an après des affrontements meurtriers le long de leur frontière terrestre, la Thaïlande et le Cambodge s’opposent cette fois devant des médiateurs internationaux réunis à Singapour. Bangkok dénonce la posture de victime de son voisin, qui jure vouloir seulement rétablir la confiance.

Les deux pays se déchirent depuis des décennies sur le tracé de leur frontière terrestre longue de 800 kilomètres, un héritage de l’époque coloniale française, et sur leurs territoires maritimes. En mai 2026, la Thaïlande a claqué la porte d’un accord-cadre bilatéral censé aplanir ces revendications en mer, le MoU 44, du nom de l’année 2544 du calendrier bouddhique qui correspond à 2001. Le Cambodge a répliqué en engageant une procédure de conciliation soutenue par l’ONU devant la Cour permanente d’arbitrage, dont le bureau de Singapour est la première représentation en Asie.

Devant un panel de cinq experts juridiques internationaux, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow a défendu la position de Bangkok. Il a reproché à Phnom Penh de vouloir «diffamer la Thaïlande par des récits mensongers, la déformation des faits et des accusations infondées», y compris sur la scène internationale, et de «jouer le rôle d’une victime avec un sentiment de supériorité morale». Le chef de la diplomatie thaïlandaise affirme pourtant que son pays cherche lui aussi à délimiter les frontières maritimes et à rétablir la confiance, et se dit prêt à participer de façon constructive au processus.

Les enjeux sont considérables. L’accord de 2001 couvre une zone maritime d’environ 27.000 km², riche en ressources, que les deux voisins revendiquent. Le ministère thaïlandais de l’Énergie a chiffré à 256 milliards d’euros les recettes futures tirées du pétrole et du gaz naturel de ces fonds disputés. La tension ne s’est pas cantonnée aux salles d’audience. L’an dernier, en juillet puis en décembre, le conflit frontalier a dégénéré à deux reprises en affrontements armés, faisant des dizaines de morts de part et d’autre et poussant plus d’un million de personnes à fuir. Bangkok justifie son retrait de l’accord par l’absence de progrès dans son application, et le Premier ministre Anutin Charnvirakul nie tout lien entre cette décision et les combats.

Côté cambodgien, on récuse l’idée d’une escalade. Le Premier ministre Hun Manet a souligné en juin que la conciliation servait à «protéger la souveraineté et les droits maritimes du Cambodge conformément au droit international». Son ministre des Affaires étrangères, Prak Sokhonn, a expliqué que Phnom Penh voyait dans cette procédure un moyen de rétablir la confiance, et non une manière de durcir le ton. L’objectif affiché, dit-il, est de parvenir à une solution utile aux populations des deux nations, en s’entendant sur une frontière maritime unique, ou à défaut en développant conjointement les ressources et en les partageant équitablement en attendant qu’un tracé soit fixé. «Le Cambodge espère sincèrement que la Thaïlande participera de manière constructive à ce processus», a-t-il ajouté.

Fondée en 1899, la Cour permanente d’arbitrage est le plus ancien organisme intergouvernemental de règlement des différends au monde. Installée à La Haye, elle tranche des litiges entre États ou entre États et parties privées en s’appuyant sur des contrats, des accords particuliers ou des traités comme la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ses recommandations ne sont pas contraignantes et devraient tomber dans environ un an.

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