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En Guyane, le mercure de l’orpaillage illégal empoisonne l’eau et les communautés
Des rivières aux couleurs criardes, des poissons devenus toxiques, des familles entières exposées chaque jour à un poison invisible. C’est le tableau que…

Des rivières aux couleurs criardes, des poissons devenus toxiques, des familles entières exposées chaque jour à un poison invisible. C’est le tableau que dresse l’orpaillage illégal à la frontière entre la Guyane française et le Suriname, où un accord pour une lutte commune reste en suspens.
Depuis un hélicoptère, le spectacle est saisissant. D’un côté, la forêt intacte. De l’autre, des cratères béants, des eaux teintées de vert, de jaune, de beige. Des tentes et des bâches trahissent la présence des orpailleurs clandestins. Ils utilisent du mercure pour extraire l’or, et ce métal lourd finit dans les rivières. Les mesures sont alarmantes. Dans certaines zones, le taux de mercure atteint 8469 fois la limite fixée par l’Organisation mondiale de la santé. Celui de l’arsenic, 4623 fois. Des chiffres qui donnent le vertige.
Les premiers à payer le prix sont les peuples autochtones. Jupta Itoewaki, militante de la communauté wayana, tire la sonnette d’alarme. Elle raconte que le poisson, autrefois source de vie, est devenu un danger. Toute la communauté est contaminée par l’eau et la nourriture au quotidien. Elle dénonce aussi l’absence de suivi médical systématique. Pour elle, le gouvernement fait partie du problème. Les wayanas, environ 1000 personnes, se retrouvent pris au piège d’une pollution qui ne s’arrête pas aux frontières.
Côté français, la loi interdit l’usage du mercure et impose une zone de deux kilomètres sans exploitation près des rives. Les mineurs légaux, comme l’entreprise SIAL, travaillent sans mercure et avec des bassins étanches. Mais côté surinamien, l’orpaillage continue sans contrôle. Un accord bilatéral signé en 2021 devait permettre une coopération judiciaire et une délimitation claire de la frontière. Mais le Suriname ne l’a toujours pas ratifié. L’ambassadeur de France au Suriname insiste sur l’urgence de cette ratification pour donner une base juridique solide aux actions communes. En attendant, la France déploie environ 500 soldats pour traquer les orpailleurs illégaux. Mais l’ambassadeur lui-même le reconnaît c’est une bataille perdue tant que les mineurs peuvent se ravitailler au Suriname. Le ministre surinamien des Affaires étrangères a promis une ratification prochaine, sans donner de date. La forêt, elle, continue de souffrir en silence.
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