Planète
Ces nuages qui fabriquent leur propre tempête
L’été 2022 en Gironde, ce sont 42 000 hectares partis en fumée. Mais ce qui a vraiment inquiété les pompiers, c’est un phénomène encore mal connu en…


L’été 2022 en Gironde, ce sont 42 000 hectares partis en fumée. Mais ce qui a vraiment inquiété les pompiers, c’est un phénomène encore mal connu en France : l’orage de feu. Un chercheur du CNRS l’explique simplement.
Tout commence par un cumulus tout à fait banal. Sous l’effet de la chaleur, la vapeur d’eau s’élève et forme un joli petit nuage blanc. Sauf que là, le feu au sol chauffe tellement l’air que ce nuage grossit anormalement. Il peut contenir jusqu’à mille tonnes d’eau en suspension. Puis, quand l’air autour devient surchauffé, une colonne se dresse. Le nuage prend la forme d’une enclume. C’est le cumulonimbus, un orage classique, mais dont les courants ascendants dépassent les 150 km/h. La pluie qui en tombe s’évapore avant d’atteindre le sol, à cause de la hauteur. Ce refroidissement brutal crée des rafales descendantes très violentes, comme un souffle puissant sur une table.
Ce phénomène, appelé pyrocumulonimbus, est courant au Portugal, en Californie ou en Australie. Mais en France, c’est très nouveau. Il y en a peut-être eu en 2022 à Landiras, mais de façon brève. Les pompiers français doivent donc apprendre à gérer des incendies qui créent leur propre vent, ce qui rend la propagation extrêmement rapide et imprévisible. Le chercheur insiste sur le lien direct avec le réchauffement climatique. La multiplication des canicules successives crée un cocktail inédit. Avoir trois canicules d’affilée, puis un orage classique sur les Landes, ça n’a plus rien à voir avec les orages habituels.
Les modèles de Météo-France savent prévoir les orages, mais pas celui-ci spécifiquement. Pourquoi ? Parce que l’orage se forme exactement au-dessus du feu, là où personne ne peut prédire précisément où le feu va se déplacer. Avec un ou deux événements seulement, impossible de faire des statistiques. C’est tout l’enjeu du programme EUBURN, qui réunit des chercheurs et des prévisionnistes pour mieux anticiper ces situations. En Gironde, le feu a changé de direction plusieurs fois en peu de temps, poussé par des vents venus de tous les horizons. La colonne de convection a aspiré des braises et les a projetées plus loin, rendant la situation infernale.
Peut-on parler de mégafeu ? Le terme n’est pas vraiment scientifique, mais il est évocateur. Pour certains, un mégafeu, c’est à partir de 10 000 hectares brûlés. Pour d’autres, c’est quand la pyroconvection entre en jeu ou que la vitesse de propagation dépasse 3 km/h. Une autre définition dit que c’est un feu qu’on ne cherche plus à éteindre immédiatement, mais qu’on combat en protégeant les vies humaines. C’est exactement ce qui se passe actuellement en Gironde. Alors oui, beaucoup le qualifient de mégafeu.
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