Société
Trois pompiers morts en quinze jours. Le métier part en fumée
En deux semaines, trois sapeurs-pompiers ont perdu la vie en intervention. Les syndicats tirent la sonnette d’alarme sur un manque d’effectifs et une…


En deux semaines, trois sapeurs-pompiers ont perdu la vie en intervention. Les syndicats tirent la sonnette d’alarme sur un manque d’effectifs et une fatigue qui mettent en danger les équipes.
Mardi, deux pompiers de 34 ans sont morts piégés dans leur camion-citerne en Gironde, près de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Huit jours plus tôt, un volontaire de 22 ans avait déjà été tué en Savoie. Trois morts en quinze jours. Un chiffre qui donne le vertige et pousse la profession à crier son ras-le-bol. Les syndicats le disent clairement. Les effectifs ne suivent pas, la fatigue s’accumule et les engins vieillissent. Depuis le début de l’année, six pompiers ont perdu la vie, toutes missions confondues.
Côté matériel, les chiffres officiels semblent rassurants. Mardi soir, huit Canadair sur douze étaient opérationnels, ainsi que la plupart des Dash et des hélicoptères bombardiers d’eau. Mais sur le terrain, le constat est tout autre. Un responsable syndical estime que la perte de mille véhicules entre 2004 et 2020 n’a pas été compensée par les livraisons récentes. Plus de 500 nouveaux engins ont été livrés cette année, mais cela ne suffit pas à rattraper le retard. Le vrai problème, c’est surtout le manque d’hommes. Quand il faudrait cent pompiers pour respecter les temps de repos, on n’en envoie que cinquante en renfort. Résultat, les équipes tournent sans répit, le sommeil est rogné et les corps s’épuisent. La fatigue devient un ennemi silencieux, capable de faire perdre la lucidité au pire moment.
Les incendies ne sont pas leur seule mission. En France, près de 80% de l’activité des pompiers consiste en secours aux personnes. Accidents domestiques, urgences médicales, malaises. Une pression constante qui s’ajoute aux feux. Un pompier volontaire raconte des gardes de plusieurs jours d’affilée, parfois sans pouvoir dormir correctement. Après une intervention de dix heures sur un incendie, certains doivent enchaîner sur une garde de nuit. C’est anormal, disent les syndicats. On arrive au bout du système. Les volontaires, qui représentent 80% des effectifs, sont particulièrement touchés. Entre leur emploi civil et les interventions, leur rythme devient intenable. Certains dorment sur des lits picots entre deux camions, puis repartent travailler chez leur employeur.
Ce n’est pas un simple coup de chaud passager. Les canicules répétées et la sécheresse rendent la végétation plus inflammable. Rien que sur la première quinzaine de juillet, 300 hectares ont brûlé dans la Haute-Vienne, une région peu habituée à de tels feux. Les pompiers y sont intervenus 115 fois, un record. Au niveau national, plus de 42.000 hectares sont déjà partis en fumée depuis janvier, dépassant le précédent record de 2022. Ce qu’on vit, c’est juste le début, s’inquiète un responsable syndical. Dans le Var, un incendie de grande ampleur a déjà parcouru 2.500 hectares. La saison des feux est loin d’être finie, et les pompiers redoutent le pire, alors que leurs forces s’amenuisent jour après jour.
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