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Trois poids lourds du monde sunnite créent leur propre rempart militaire

L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan viennent de sceller une alliance de défense mutuelle. L’objectif est clair, se protéger de l’Iran et ne plus…

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Trois poids lourds du monde sunnite créent leur propre rempart militaire

L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan viennent de sceller une alliance de défense mutuelle. L’objectif est clair, se protéger de l’Iran et ne plus tout attendre de Washington.

La signature s’est tenue à La Mecque, dans la ville la plus sainte de l’islam. Trois pays musulmans sunnites, tous proches des Etats-Unis, ont décidé de s’unir dans un accord de défense mutuelle inspiré du modèle de l’Otan. Mais ce pacte ne ressemble pas à un simple exercice diplomatique. Il sonne d’abord comme un constat, celui d’une Amérique qui n’arrive plus à dissuader l’Iran, même après près de six mois de guerre au Moyen-Orient. Le conflit a fissuré l’architecture sécuritaire régionale, longtemps adossée à la puissance américaine. Téhéran continue de contrôler le détroit d’Ormuz et ses alliés houthis au Yémen menacent toujours la navigation en mer Rouge. Deux routes maritimes stratégiques où les forces américaines, malgré leurs nombreuses bases régionales, peinent à intercepter drones et missiles balistiques.

Les trois capitales ont chacune leur atout. Le royaume saoudien est riche, premier exportateur de brut au monde, mais sa capacité militaire industrielle reste limitée. La Turquie dispose d’une armée puissante, d’une technologie et de capacités de production, mais cherche des marchés et des investisseurs. Le Pakistan, lui, apporte une main-d’oeuvre abondante et la dissuasion nucléaire, en échange de financements et d’opportunités industrielles. Ryad et Islamabad avaient déjà scellé un accord de défense mutuelle, et la Turquie s’est rapprochée du royaume après des années de relations tendues. Ensemble, ces trois pays forment un ensemble complémentaire, capable de projeter une force considérable. Pour les experts, Riyad veut surtout multiplier les filets de sécurité au lieu de dépendre d’un seul parapluie américain. Un analyste politique proche du gouvernement saoudien résume la situation, la capacité de dissuasion des Etats-Unis s’est nettement affaiblie et la menace iranienne devra désormais se gérer au niveau régional.

Reste à savoir si cette alliance ira jusqu’au combat contre l’Iran. Les spécialistes en doutent. La Turquie et le Pakistan se voient plutôt comme des stabilisateurs, soucieux de créer une dynamique politique. En revanche, si l’Iran frappait à nouveau l’Arabie saoudite, Islamabad pourrait renforcer la défense aérienne saoudienne et Ankara accélérer les transferts de technologie industrielle. Un expert en sécurité saoudien l’affirme, cet accord change la donne pour quiconque viserait les infrastructures du royaume, la réponse ne serait plus du seul ressort de l’Arabie saoudite.

Ce pacte envoie aussi un message clair à Israël. Les tensions entre Ankara et Tel Aviv restent vives depuis le début de la guerre à Gaza. Les Emirats arabes unis, qui se sont rapprochés d’Israël pendant le conflit, devraient suivre cette nouvelle alliance avec méfiance, tout comme les Etats-Unis. Les Emirats ont normalisé leurs liens avec l’Etat hébreu dans le cadre des accords d’Abraham, tandis que Ryad exige au préalable la reconnaissance d’un Etat palestinien. Washington espérait une architecture sécuritaire incluant Israël et une normalisation saoudienne avec Tel Aviv. Ce pacte va clairement dans la direction opposée. Pour plusieurs analystes, il traduit la volonté de contrer à la fois le projet d’hégémonie iranienne et celui de la suprématie israélienne.

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