Monde
El Tigre prend la tête de la Colombie et promet la manière forte
Investi président, l’avocat millionnaire Abelardo de la Espriella veut en finir avec les groupes armés et réduire l’État. Portrait d’un outsider qui…


Investi président, l’avocat millionnaire Abelardo de la Espriella veut en finir avec les groupes armés et réduire l’État. Portrait d’un outsider qui divise la Colombie.
L’avocat millionnaire Abelardo de la Espriella a officiellement pris ses fonctions de président de la Colombie vendredi. Cet homme de 48 ans, admirateur assumé de Donald Trump, a mis un terme à l’ère de la gauche au pouvoir en s’appuyant sur un discours anti-élites et une promesse musclée contre les groupes armés. Il a troqué sa vie dorée à Florence, en Italie, pour se lancer dans la bataille électorale, présentant ce choix comme un sacrifice pour son pays. Parti en outsider, il a bâti sa réussite sur le rejet des partis traditionnels. Au second tour, disputé en juin, celui qu’on surnomme El Tigre a battu le sénateur Ivan Cepeda, proche du président sortant Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche de l’histoire colombienne.
Sa carrière d’avocat l’avait déjà rendu célèbre. Il a défendu d’anciens paramilitaires, des narcotrafiquants, des footballeurs et un homme lié à une vaste fraude pyramidale. Marié et père de quatre enfants, il promet une politique sécuritaire inspirée du président salvadorien Nayib Bukele, dont il partage la barbe taillée avec soin. Pour les finances publiques, il veut suivre la recette de l’Argentin Javier Milei et réduire fortement les dépenses de l’État. Pendant la campagne, il a promis de diriger le pays d’une main de fer, affirmant avoir le caractère nécessaire pour affronter les défis de cette nation, premier producteur mondial de cocaïne, ravagée par un conflit armé interne depuis plus de six décennies. Pour en finir avec les groupes armés, il compte sur une alliance militaire avec les États-Unis et Israël. Il veut aussi enterrer le tribunal issu de l’accord de paix de 2016 avec les Farc, chargé de juger les crimes les plus graves du conflit. Son projet prévoit la construction de dix méga-prisons où les détenus vivraient dix étages sous terre, avec du pain et de l’eau pour seule nourriture.
Cette figure de la droite radicale a réussi à capitaliser sur le mécontentement d’une partie de la population, lassée des partis classiques, de la gauche et de l’insécurité. Dans un pays très catholique, il se dit revenu à Dieu après avoir longtemps affirmé être athée. Ses meetings spectaculaires, avec feux d’artifice et vitre blindée, étaient aussi l’occasion de jurer de défendre la démocratie. Après sa victoire, il a lancé un avertissement aux élites qu’il traite de mafia, assurant que le peuple ne s’agenouillera pas et viendra les affronter.
La provenance de sa fortune reste une question épineuse. Cet homme d’affaires binational, à la fois américain et colombien, étalait avant la campagne ses voyages en jet privé et vantait ses marques, notamment un rhum et une ligne de vêtements De la Espriella Style. Se disant menacé de mort, il se déplace entouré de dizaines de soldats, de policiers et de gardes du corps. Sur le plan économique, il se veut ultralibéral et souhaite réduire de 40% l’appareil d’État, comparant la gestion du pays à celle d’une entreprise.
Son style ne laisse personne indifférent. Pendant la campagne, ses propos jugés machistes et homophobes ont provoqué des critiques, sans entamer sa popularité. Chanteur d’opéra amateur, il porte souvent des costumes sans cravate et des mocassins, et n’hésite pas à enfiler le maillot jaune de l’équipe nationale, comme le faisait Jair Bolsonaro. Il a grandi dans le nord de la Colombie, une enfance qu’il compare à celle de Tom Sawyer, entre pêche et jeux champêtres. Son franc-parler lui a aussi valu des excuses publiques après avoir dit qu’il fallait « éventrer » la gauche. Il a même raconté, dans une interview, avoir fait exploser des chats avec de la poudre dans sa jeunesse, avant d’assurer qu’il ne s’agissait que d’une plaisanterie.
À lire aussi





ÉconomieEn Ligne 4 joursLidl France change de patron et surprend ses propres équipes



EuropeEn Ligne 6 joursLa Hongrie traque les milliards envolés de l’ère Orban



EuropeEn Ligne 6 joursFace aux attaques hybrides venues de Russie, Macron convoque son état-major et bouscule son agenda



PolitiqueEn Ligne 2 joursSégolène Royal compare Raphaël Glucksmann à un stagiaire à la tête du pays



EuropeEn Ligne 4 joursHuit pays des Carpates font bloc autour de l’Ukraine



PolitiqueEn Ligne 6 joursCarburants, l’exécutif prolonge les aides jusqu’à fin décembre pour désamorcer la grogne



Faits DiversEn Ligne 6 joursÀ Macao, le premier procès pour subversion se tient à huis clos



PolitiqueEn Ligne 6 joursCarburants, Macron sonne la mobilisation générale








