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Derrière les barreaux, des adolescents que la prison abîme au lieu de les réparer

Ils sont 817 adolescents à dormir en cellule en France. Un rapport décrit un enfermement qui répare peu et abîme beaucoup.

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Derrière les barreaux, des adolescents que la prison abîme au lieu de les réparer

Ils sont 817 adolescents à dormir en cellule en France. Un rapport décrit un enfermement qui répare peu et abîme beaucoup.

Un rapport rendu public cette semaine pose un constat sans détour. Enfermer des adolescents ne s’accorde pas avec l’enfance. Au 31 août, 817 jeunes de 13 à 17 ans, filles et garçons, purgaient une peine dans le pays. C’est 0,9% de la population carcérale. Ils sont répartis dans 41 quartiers réservés aux mineurs et six établissements qui leur sont entièrement dédiés. À certains endroits, la place manque. Les maisons d’arrêt de Limoges et de Pau affichent un taux d’occupation de 100%. À Marseille, il grimpe jusqu’à 144,4%.

Créés en 2007, ces six établissements pour mineurs devaient justement corriger les ratés des quartiers classiques. Leur mission était claire. Donner la priorité à l’éducatif. Le résultat est ailleurs. Ces lieux qui ne devaient pas ressembler à une prison en ont pourtant pris tous les codes. Grilles, grillages, portes, panneaux occultants, caillebotis. Dès les premiers incidents, l’univers carcéral a repris le dessus. S’y ajoutent des fouilles à nu régulières et des méthodes intrusives subies par des jeunes dont le rapport au corps est déjà délicat.

Le choc de l’enfermement, lui, frappe fort. Pour la plupart des adolescents, il est particulièrement violent et se traduit par un véritable effondrement psychique. Beaucoup arrivent avec leurs fragilités et leurs turbulences, en pleine construction d’eux-mêmes. La détention vient tout fracturer. Pour certains, les conséquences s’installent durablement, jusqu’à faire naître des troubles psychiques lourds qui pèseront sur toute leur vie. Entre 2016 et 2021, la récidive des mineurs incarcérés a oscillé entre 63 et 69%.

Le tableau ne s’arrête pas là. L’école, censée ouvrir une porte de sortie, n’est pas à la hauteur. L’accès aux cours n’est jamais assuré, et les horaires hebdomadaires prévus, déjà plus courts qu’à l’extérieur, ne sont pas respectés. Par manque d’effectifs, les élèves ne sont pas toujours escortés jusqu’à la salle de classe. Plus de la moitié des mineurs ne reçoivent aucune visite, pas même celle d’un avocat. Et certains passent 22 à 23 heures d’affilée dans leur cellule. Dans ce huis clos, la drogue circule à flot. Elle sert de béquille à certains, en fait basculer d’autres dans le trafic.

Les signaux d’alerte s’étaient déjà multipliés. Un contrôle avait jugé l’enseignement dispensé aux jeunes détenus très loin du compte, réclamant que la scolarité devienne la priorité absolue. Un peu plus tard, un fort absentéisme du personnel avait été pointé, avec à la clé un enfermement renforcé et des cours sacrifiés. En novembre, une autorité indépendante avait parlé de conditions de vie indignes et estimé que la privation de liberté ne permettait pas de préparer la réinsertion. Depuis le 1er septembre, 85 unités judiciaires à priorité éducative, des foyers d’éducation renforcée, ont vu le jour. Elles sont présentées comme mieux adaptées aux besoins des jeunes.

Face à ce tableau, une seule recommandation émerge. Mettre un terme à l’enfermement des enfants et des adolescents comme réponse pénale.

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