Société
Un euro le repas, mais des files d’attente et des équipes à bout
Depuis que le repas à un euro est ouvert à tous les étudiants, les restaurants universitaires ne désemplissent plus. Entre files d’attente, renoncements…


Depuis que le repas à un euro est ouvert à tous les étudiants, les restaurants universitaires ne désemplissent plus. Entre files d’attente, renoncements et personnels épuisés, le coup de pouce promis tourne au casse-tête.
Depuis le mois de mai, le repas à un euro n’est plus réservé aux boursiers. Tous les étudiants y ont droit, alors qu’ils payaient 3,30 euros auparavant. Sur le papier, la mesure change la vie. Dans les faits, elle a transformé les restaurants universitaires en lieux pris d’assaut. Devant le resto U Châtelet, dans le 5e arrondissement de Paris, Camille patiente avec des centaines d’autres. « C’est vraiment plus galère que l’année dernière », lâche cette étudiante en chimie de 22 ans. Avant, il fallait vingt minutes pour franchir la porte. Le temps d’attente a doublé.
Le problème ne s’arrête pas à la queue. Encore faut-il, une fois entré, trouver une place et le temps d’avaler son plateau. « Quand j’ai une heure entre deux cours, je n’ai tout simplement pas le temps », explique Enzo Lerozier-Lecos, inscrit à Paris-1 Panthéon-Sorbonne. À deux kilomètres de là, sur le campus Pierre et Marie Curie de Sorbonne Université, la scène se répète. Zarif Ahnaf, 24 ans, étudiant en électronique, passe la majeure partie de sa pause déjeuner à attendre, sans la certitude de pouvoir s’asseoir ensuite. Résultat, certains renoncent au dispositif. Camille le reconnaît sans détour, elle y va moins qu’avant, rebutée par la foule.
Les boursiers, premiers concernés par la mesure, y perdent parfois aussi. Lucéo Garcin, 21 ans, estime avoir vu ses droits se réduire. Le deuxième repas du soir, qu’il payait 3,30 euros, lui coûte désormais plus de huit euros. Pour Enzo, le compte n’y est pas. La généralisation attire beaucoup de monde, mais aucun moyen supplémentaire n’a suivi, ni pour ouvrir d’autres restaurants universitaires, ni pour embaucher. « C’est un peu contre-productif du coup », glisse-t-il.
Les chiffres confirment l’emballement. Le coût du dispositif avait été estimé à 90 millions d’euros, sur l’hypothèse d’une fréquentation en hausse de 10 %. L’État avait prévu une enveloppe de 50 millions d’euros pour 2026, de quoi compenser le coût réel des repas, recruter plus de 200 agents et financer des investissements. Au printemps, le nombre de repas servis a grimpé de 22 %. Les données de la rentrée ne sont pas encore consolidées, mais les syndicats n’ont pas attendu pour alerter.
L’intersyndicale FO-CFDT-UNSA a déposé un préavis de grève. Elle dénonce des sous-effectifs chroniques, des cadences infernales, l’épuisement physique et mental des personnels, des locaux et des équipements insuffisants ou inadaptés. La mobilisation tient malgré l’annonce du ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, de porter le budget à 143 millions d’euros pour 2027. Pour Raymond Rivière, secrétaire fédéral de la CFDT Education Formation Recherche Publiques, l’argent promis servira surtout à compenser le prix du repas. « Si la fréquentation continue à exploser, forcément, il va y avoir besoin de cet argent pour pouvoir compenser le repas, mais rien pour les personnels. C’est un gros problème », prévient-il.
L’intersyndicale réclame la création immédiate de 500 emplois, plus des investissements en matériel, équipements, locaux et logistique. Le ministre, lui, détaille l’usage de l’enveloppe prévue pour 2027. Elle doit financer la compensation liée au passage du repas de 3,30 euros à un euro, permettre aux restaurants universitaires d’investir dans de nouveaux équipements et dans des travaux pour pousser les murs, et recruter du personnel si nécessaire. Pour Manon Moret, secrétaire générale de l’Unef, ces moyens arrivent trop tard. La création de nouvelles structures aurait dû être lancée dès les premières annonces.
À lire aussi





ÉconomieEn Ligne 4 joursLidl France change de patron et surprend ses propres équipes



CultureEn Ligne 7 joursCatherine Ringer, la voix libre des Rita Mitsouko, s’est tue



EuropeEn Ligne 6 joursLa Hongrie traque les milliards envolés de l’ère Orban



EuropeEn Ligne 6 joursFace aux attaques hybrides venues de Russie, Macron convoque son état-major et bouscule son agenda



PolitiqueEn Ligne 2 joursSégolène Royal compare Raphaël Glucksmann à un stagiaire à la tête du pays



EuropeEn Ligne 4 joursHuit pays des Carpates font bloc autour de l’Ukraine



PolitiqueEn Ligne 6 joursCarburants, l’exécutif prolonge les aides jusqu’à fin décembre pour désamorcer la grogne



Faits DiversEn Ligne 6 joursÀ Macao, le premier procès pour subversion se tient à huis clos








