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Sur les traces d’un bagnard oublié, une descendante traverse l’Atlantique pour lui rendre son nom

Laetitia Riotte est venue du Calvados jusqu’à Cayenne pour retrouver la trace de son arrière-grand-oncle, un bagnard mort il y a plus de soixante ans. Un…

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Sur les traces d'un bagnard oublié, une descendante traverse l'Atlantique pour lui rendre son nom

Laetitia Riotte est venue du Calvados jusqu’à Cayenne pour retrouver la trace de son arrière-grand-oncle, un bagnard mort il y a plus de soixante ans. Un voyage chargé d’émotion, de recherches et de questions restées sans réponse.

Le soleil de septembre tape fort sur le cimetière de Cayenne. Laetitia Riotte, 46 ans, avance entre les tombes, les yeux fixés sur les noms gravés dans la pierre. Elle cherche Louis Grilly. Son arrière-grand-oncle. Un bagnard condamné il y a plus d’un siècle, dont la dépouille a été transférée on ne sait où après sa mort à l’hôpital en 1961, à quelques centaines de mètres de là. Aucune trace. Rien.

Pour cette femme venue du Calvados, c’est le premier voyage en Guyane. Elle le fait pour rendre hommage à un homme qu’elle n’a jamais connu, mais dont le souvenir a traversé les générations. Elle veut aussi lui rendre son identité, avec la plus grande justesse possible. Voilà des années qu’elle suit sa piste, parfois freinée par des administrations peu coopératives.

L’histoire de Louis Grilly bascule en 1921. Il est jugé pour plusieurs larcins. Une tentative d’incendie lui est également attribuée. La justice le condamne aux travaux forcés et à la relégation. Cette peine l’empêche de revenir en métropole une fois ses années de bagne purgées. Il débarque en Guyane au début de 1922, une vingtaine d’années à peine.

Le bagne de Guyane, ouvert en 1852, a déporté près de 70 000 personnes, d’après les Archives nationales d’Outre-mer. Parmi elles, environ 52 000 auteurs de crimes condamnés aux travaux forcés, les transportés, et 16 000 multirécidivistes auteurs de délits, les relégués. L’institution a officiellement fermé en 1946. Mais le rapatriement des survivants a pris des années. Les derniers bagnards n’ont regagné l’Hexagone qu’en 1953.

Sur Internet, et jusqu’à dans certains musées, on lit que Louis Grilly est mort en 1970. Faux, s’agace Laetitia Riotte. Il est décédé en 1961. Cette erreur répétée partout la contrarie, elle qui traque la vérité depuis des années. Ses recherches l’ont menée à Saint-Laurent-du-Maroni, au camp de la Transportation où les bagnards étaient triés à leur arrivée. Elle a aussi arpenté les îles du Salut, au large de Kourou, et les archives territoriales, à l’affût du moindre document mentionnant son aïeul.

Le problème, c’est que ces archives sont parcellaires. L’administration pénitentiaire broyait les hommes et les privait de leur identité. À la fermeture du bagne, une partie des dossiers a été éparpillée. Certains sont conservés à Aix-en-Provence, d’autres restent en Guyane, souvent sans classement.

De son passage, Louis Grilly a laissé autre chose que des papiers. Des œuvres. Il peignait sur des toiles, mais aussi sur des éventails, des assiettes. Un moyen de gagner sa vie. Ses tableaux sont aujourd’hui dispersés entre la famille, quelques musées et des particuliers. Dresser une liste complète relève de la mission impossible. Laetitia Riotte s’agace de certains collectionneurs. Pour elle, collectionner des objets culturels, c’est pour les montrer. Si c’est dans un but financier, elle parle de recel de mémoire.

De ce séjour d’une douzaine de jours, elle ramène des informations nouvelles, notamment des témoignages qu’elle compte intégrer à un livre en préparation. Assise sur un banc de pierre face à l’hôtel préfectoral, elle désigne le fort Cépérou, la caserne Loubère vue depuis les Amandiers. Des lieux que les Cayennais connaissent par cœur, et que son arrière-grand-oncle a peints. La maladie qui limite peu à peu ses déplacements rend ce voyage encore plus précieux.

Ses pas la mènent enfin à l’hôpital Jean-Martial, au cœur de Cayenne. Les bâtiments sont désaffectés, murés. Louis Grilly y est mort en 1961. Devant ces murs, elle se tait, observe. « Être ici, c’est être là où il a rendu son dernier souffle », confie-t-elle. « C’est lui dire qu’il y a quelqu’un de sa famille qui pense encore à lui et qui a fait le voyage pour venir rencontrer son histoire. »

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