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Un portrait de Jinnah suffit à rallumer la querelle entre Dacca et Islamabad
Des photos du fondateur du Pakistan ont été accrochées puis arrachées dans un musée universitaire de la capitale bangladaise. Derrière l’incident, une…


Des photos du fondateur du Pakistan ont été accrochées puis arrachées dans un musée universitaire de la capitale bangladaise. Derrière l’incident, une mémoire de la partition toujours brûlante et un rapport de forces politique en pleine recomposition.
Lundi, des portraits de Muhammad Ali Jinnah sont apparus sur les murs du musée de la maison des étudiants, à l’université de Dacca, tout juste rénové. Ils n’y sont pas restés longtemps. Des étudiants les ont décollés, provoquant une vive agitation sur le campus. Le vide laissé à l’emplacement prévu pour ces cadres reste visible aujourd’hui, et le recteur de l’université a lancé une enquête pour comprendre l’origine de la colère.
Pour saisir ce qui se joue, il faut remonter loin. En 1947, à la fin de l’Empire britannique sur le sous-continent indien, une même nation voit le jour avec deux ailes que séparent plus de 1.500 kilomètres de territoire indien. Vingt-quatre ans plus tard, en 1971, le Bangladesh arrache son indépendance au terme d’une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts. Ce passé continue d’alimenter rancunes et crispations entre les deux pays. Et la figure de Jinnah y occupe une place à part. Un discours prononcé en 1948, où il désignait l’ourdou comme unique langue de la nation, a laissé une plaie profonde chez les Bengalis.
Abou Tayeb Havildar, étudiant, n’a pas hésité une seconde en découvrant le portrait. Il l’a déchiré. Selon lui, « Jinnah est le père du Pakistan, il n’y a aucun doute là-dessus », mais « le même Jinnah est devenu un scélérat en s’opposant au peuple bengali et à la langue bengali ». D’autres voix sur le campus reprochent aux responsables de l’exposition d’avoir volontairement écarté Sheikh Mujibur Rahman, héros de l’indépendance et premier président du pays.
Car la dispute ne parle pas seulement d’histoire. Sheikh Mujibur Rahman était le père de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, renversée par un soulèvement populaire parti précisément de l’université de Dacca en 2024. Condamnée à mort par contumace pour avoir ordonné la répression meurtrière de la révolte, ce qu’elle nie avec force, elle vit depuis en exil en Inde. Sa formation, la Ligue Awami, a été interdite. Aux législatives de février, les islamistes du Jamaat-e-islami, bannis sous le règne de fer de Sheikh Hasina, ont retrouvé le Parlement et raflé les élections étudiantes.
Jinnah n’était pas islamiste, mais sa bataille pour une patrie musulmane indépendante en a fait un symbole puissant pour une opposition qui met en avant l’identité musulmane du Bangladesh. « Au Bangladesh, Jinnah n’a jamais été célébré », note l’analyste politique Altaf Parvez, pour qui « le terreau » actuel « est favorable aux islamistes », ces derniers ayant « besoin d’un chef emblématique ». À la tête du syndicat islamiste du campus, SM Farhad assume le contenu de l’exposition et affirme qu’aucune erreur n’a été commise, ses prédécesseurs ayant selon lui tout fait pour imposer le récit de l’ancien régime. Son camp a donc voulu en changer.
Tous ne partagent pas cette fièvre. Mahafuzur Rahman, 19 ans, juge la querelle stérile et estime qu’il n’est pas bon de retirer la photo, celle-ci faisant partie de l’histoire. En attendant les conclusions de l’enquête, le mur attend toujours ses cadres.
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