Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Au Yémen, des familles fuient encore et recommencent tout sous une tente

La reprise des combats dans l’ouest du pays a jeté des milliers de personnes sur les routes en quelques jours. Près d’Aden, les camps débordent et les…

Article

le

Au Yémen, des familles fuient encore et recommencent tout sous une tente

La reprise des combats dans l’ouest du pays a jeté des milliers de personnes sur les routes en quelques jours. Près d’Aden, les camps débordent et les enfants ont déserté les salles de classe.

Arwa a parcouru deux cents kilomètres à moto, serrée avec son mari et leurs quatre enfants. Ils ont quitté Mokha, dans l’ouest du Yémen, il y a moins de deux semaines, devant l’avancée des combattants houthis. « Nous n’avons pas trouvé d’autre moyen de transport », raconte-t-elle. La famille a dormi dehors, dans le froid, sans vêtements pour se réchauffer. Une halte à Al-Arah, dans le gouvernorat de Lahj, puis la route a repris vers les abords d’Aden, où le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite a installé son siège provisoire.

Aujourd’hui, Arwa est assise à même le sol, dans une tente du camp d’Al-Farsi. Autour d’elle, les familles ont entassé le peu qu’elles ont pu sauver. Des matelas, des ustensiles de cuisine, quelques habits. « Nous manquons de beaucoup de choses, de ventilateurs, de pain pour les enfants. Nous avons besoin de tout. Nous vivons dans une tente sous une chaleur accablante », souffle-t-elle. Ce n’est pas sa première fuite. La guerre l’avait déjà chassée de chez elle il y a neuf ans. Elle veut croire que la situation s’arrangera et qu’elle reverra sa maison. Dans ce camp, plus de 8 800 personnes vivent sous des tentes. Des camions-citernes arrivent, mais le site réclame beaucoup plus d’aide. Des organisations internationales, dont le Programme alimentaire mondial, y distribuent des repas. Arwa a reçu du riz pour nourrir ses enfants.

Sa fille de sept ans, la seule en âge d’être scolarisée, n’ira plus à l’école. Le problème dépasse largement la nourriture. Dans le camp d’Al-Firdaws, à l’ouest d’Aden, 770 personnes se sont réfugiées en deux semaines. La plupart des enfants étaient scolarisés avant d’arriver, ils ne le sont plus. Une équipe onusienne a visité le site pour étudier la possibilité d’y proposer des services éducatifs. Les chiffres donnent le vertige. En quinze jours, 57 000 enfants ont été déplacés à l’intérieur du Yémen et 243 écoles ont fermé, privant de cours plus de 137 000 élèves. Avant la reprise des hostilités, 3,2 millions d’enfants yéménites en âge d’aller à l’école n’étaient déjà pas scolarisés.

Le pays a replongé dans la guerre en juillet, après plusieurs années d’accalmie. Il a été entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran. Les Houthis, qui tenaient déjà une bonne partie du nord, dont la capitale Sanaa, ont progressé sur la côte ouest en quelques jours. Bilan, des centaines de morts et près de 130 000 déplacés, selon des chiffres publiés lundi par les Nations unies. Les combattants pro-iraniens contrôlent désormais tout le littoral de la mer Rouge. Ils renforcent ainsi leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique qui relie l’Asie à l’Europe par le canal de Suez. La guerre avait éclaté en 2014, après la prise de Sanaa puis d’autres régions, avant une intervention militaire menée par l’Arabie saoudite en mars 2015 et une trêve fragile signée en 2022.

À Mokha, d’autres ont choisi de rester. Un père de famille de 39 ans a renoncé à partir cette fois, après avoir déjà vécu l’exil. « Nous avions été contraints de quitter Hodeida il y a huit ans », se souvient-il. Ses enfants sont nés après et n’avaient jamais connu les combats. « Les bruits d’explosions, c’était nouveau pour eux. Aujourd’hui, le moindre bruit un peu fort les perturbe, même s’il ne s’agit que d’une moto. Ils courent vers moi, pris de panique. » Il essaie de les rassurer, de leur dire qu’il n’y a pas de danger. « Mais même quand ils sont dans mes bras, je sens leurs cœurs battre à toute vitesse. »

Noha, mère de deux enfants de 8 et 10 ans, n’a pas eu ce choix. Elle a dû quitter al-Khokha, ville de l’ouest tombée il y a moins de deux semaines, pour se réfugier chez la famille de son mari à Aden. « Je me suis effondrée en larmes quand mon mari m’a dit que nous devions partir », confie-t-elle. « Comme je pleurais, les enfants ont pleuré aussi. Nous sommes partis en bus et je n’ai pas réussi à les rassurer. »

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus