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L’immolation d’un militant tibétain devant l’ONU bouleverse la communauté en exil
Lobga Rangzen, 52 ans, s’est donné la mort devant le siège des Nations unies à New York. Sa nièce raconte la vague de terreur qui l’a submergée.


Lobga Rangzen, 52 ans, s’est donné la mort devant le siège des Nations unies à New York. Sa nièce raconte la vague de terreur qui l’a submergée.
Personne n’avait rien vu venir. Lobga Rangzen, militant pro-tibétain, s’est immolé par le feu face à l’ONU, à New York. Sa nièce Tenzin Choekyi, 21 ans, a d’abord cru à un accident. Puis elle a compris que son oncle s’était donné la mort. Une vague de terreur l’a alors submergée, raconte-t-elle. Sur le lieu du drame, ses compagnons d’exil ont érigé un autel de fortune, couvert de fleurs et de khatas, ces écharpes blanches traditionnelles. C’est devenu un point de ralliement pour les militants tibétains de la ville.
Lobga Rangzen ne s’est pas lancé là-dedans au hasard. Jigme Ugen, président du Congrès national tibétain en exil, assure qu’il s’était clairement préparé. La vidéo de sa mort, diffusée en direct, le montre traversant la rue d’un pas décidé, vêtu d’une chuba, cette robe traditionnelle, et plantant un drapeau tibétain devant l’ONU. Puis il s’embrase. Un agent de sécurité se précipite avec un extincteur, trop tard. Lobga Rangzen est mort à l’hôpital environ une heure plus tard. Les immolations ne sont pas nouvelles. Environ 170 personnes s’y sont livrées entre 2009 et 2022, principalement en Chine, mais aussi en Inde et au Népal, pour protester contre la répression des manifestations de 2008. Le contrôle chinois s’est encore renforcé depuis. Une loi sur l’unité ethnique est entrée en vigueur la veille de sa mort, et ses détracteurs craignent qu’elle n’aggrave la situation des droits des minorités.
Pour Pékin, le Tibet est une partie inaliénable de la Chine. Les autorités dénoncent des activités séparatistes et mettent en avant les progrès économiques de la région. Les défenseurs des droits humains, eux, parlent d’une répression accrue, des accusations que la Chine rejette en affirmant respecter les différences ethniques et religieuses. Lobga Rangzen était le premier Tibétain à s’immoler sur le sol américain. Environ 25 000 Tibétains vivent aux États-Unis, souvent fidèles du dalaï-lama, exilé en Inde depuis 1959. De son vrai nom Lobsang Palden, il avait quitté le Tibet pour le sud de l’Inde, puis s’était installé à New York en 2006. Il avait choisi son nom de guerre, Rangzen, qui signifie indépendance. Chauffeur Uber, il disait être marié au mouvement. Dans sa vidéo d’adieu de six minutes, tournée en tibétain, il déclare avoir agi pour la nation tibétaine et demande qu’on ne le pleure pas.
Les réactions ne sont pas unanimes. Le dalaï-lama a exprimé sa tristesse mais s’est interrogé sur l’efficacité de telles actions. Certains universitaires lui reprochent de ne pas chercher à y mettre fin. Pékin, de son côté, l’accuse de glorifier ces gestes. Penpa Tsering, chef du gouvernement tibétain en exil, appelle les Tibétains à chérir leur vie. La vie humaine est précieuse et doit être préservée pour servir la lutte à long terme, a-t-il affirmé, tout en rendant hommage au dévouement de Lobga Rangzen.
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