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À Madagascar, Moscou avance ses pions depuis la chute de Rajoelina

Depuis qu’un coup de force militaire a écarté Andry Rajoelina, l’île de l’océan Indien multiplie les signes de rapprochement avec la Russie. Livraisons…

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À Madagascar, Moscou avance ses pions depuis la chute de Rajoelina

Depuis qu’un coup de force militaire a écarté Andry Rajoelina, l’île de l’océan Indien multiplie les signes de rapprochement avec la Russie. Livraisons d’armes, centre culturel, visites officielles, ces gestes se succèdent, portés par le nouveau pouvoir et relayés par des campagnes d’influence.

Sur la voie rapide qui traverse Antananarivo, un panneau signé de l’agence russe African Initiative célèbre la victoire sur l’Allemagne nazie du 9 mai. Le message résume un virage. Depuis qu’un coup de force militaire a fait tomber le président Andry Rajoelina, jugé proche de Paris, l’île de l’océan Indien glisse vers Moscou. À l’automne, les hommes du colonel Michaël Randrianirina ont rallié les jeunes manifestants du mouvement Gen Z, précipitant la fuite puis la destitution du chef de l’Etat. Deux mois plus tard, le nouvel homme fort recevait des drones, des fusils d’assaut et des armes de poing russes, apportés dans les bagages du général Andreï Averianov, figure du renseignement militaire russe.

Ce général est aussi présenté comme le superviseur d’Africa Corps, l’organisation paramilitaire qui a pris la suite de Wagner et opère dans plusieurs pays d’Afrique, notamment auprès des juntes du Sahel. Sur place, cette structure forme la garde présidentielle malgache, et son commandant a eu les honneurs d’un entretien sur la radio publique RNM, au cœur d’une émission hebdomadaire consacrée aux liens russo-malgaches. Un format décliné depuis juillet par la télévision publique, avec l’ambition affichée de resserrer les relations entre les peuples des deux nations. Les livraisons d’armes, elles, ne passent jamais inaperçues, jusqu’à ces hélicoptères frappés d’un Z, la lettre devenue le symbole de l’invasion de l’Ukraine.

Pour Moscou, l’enjeu est aussi géographique. La position de Madagascar, dans l’océan Indien, attire. Bruno Fuchs, qui préside la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, a rencontré six fois le nouveau chef de l’Etat et parle d’un emplacement vraiment stratégique. Il assure pourtant que les autorités malgaches ont promis, officiellement, qu’aucune base militaire russe ne verrait le jour. Pour la politologue Ketakandriana Rafitoson, vice-présidente de Transparency International, l’avenir diplomatique et géopolitique du pays devrait se décider avec un président élu, et non sous un régime de transition. Le politologue Adrien Ratsimbaharison ne croit pas davantage à une répétition des scénarios observés au Sahel, où certains Etats se sont rangés totalement derrière la Russie. À ses yeux, l’élite malgache ne laisserait pas faire, et le gouvernement ne peut se passer de l’argent européen, que la Russie n’a pas les moyens de remplacer.

L’opinion semble aller dans ce sens. Une étude Afrobarometer montre que l’Union européenne était perçue en 2024 comme l’acteur le plus positif du pays, citée par 59% des personnes interrogées, loin devant la Russie et ses 31%. La France se classe aussi nettement plus haut, à 47%, mais elle divise, avec le deuxième score d’influence négative, à 39%, un héritage de la colonisation et de sa proximité supposée avec l’ancien président. C’est sur ce terrain que prospèrent les campagnes d’influence russes sur le continent. Comme au Sahel, Moscou vient d’ouvrir à Antananarivo une maison russe près du lac d’Anosy, fruit d’un accord signé en septembre entre l’agence gouvernementale russe de coopération culturelle Rossotroudnitchestvo et African Initiative, une organisation visée par des sanctions européennes pour sa diffusion de désinformation russe en Afrique. Son rédacteur en chef, Artem Kureev, figure lui aussi sur cette liste, où il est présenté comme un agent des services de sécurité.

Le travail de séduction passe aussi par les médias. African Initiative a déjà emmené deux groupes de personnalités malgaches à Moscou, dont treize influenceurs cumulant plus de 3,5 millions d’abonnés sur Facebook lors d’un voyage en août. Avant eux, le colonel Randrianirina s’était rendu en Russie en février, une première pour un dirigeant malgache depuis le président marxiste Didier Ratsiraka en 1978. Il a reçu le chargé d’affaires russe pour préparer le sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre à Moscou. Dans les rues de la capitale, où le russe se fait entendre dans les restaurants, un autre programme fait son apparition. Alabuga Start, qui attire de nombreuses Africaines avec des bourses d’études avantageuses, les a conduites vers des usines de drones du Tatarstan. En mai, ses responsables ont été reçus par le ministère du Travail, soucieux, disait-il, que Madagascar ne reste pas à l’écart de ces opportunités.

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