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À Moroni, on garde le robinet ouvert pour rien

Dans la capitale comorienne, l’eau ne coule qu’une fois toutes les deux ou trois semaines. Résultat les habitants doivent l’acheter au prix fort ou faire…

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À Moroni, on garde le robinet ouvert pour rien

Dans la capitale comorienne, l’eau ne coule qu’une fois toutes les deux ou trois semaines. Résultat les habitants doivent l’acheter au prix fort ou faire la queue à l’aube devant les rares pompes publiques.

Ben Joma a 86 ans et un geste qui peut surprendre. Imprimeur à la retraite, il laisse ses robinets grands ouverts jour et nuit. Pas de risque d’inondation chez lui. L’eau ne surgit du tuyau qu’un court moment tous les 15 à 20 jours, en un mince filet. Alors quand elle arrive, les voisins s’appellent à la rescousse pour remplir tous les récipients disponibles. Pour tenir entre deux passages, Ben Joma vient de débourser 25 euros pour faire livrer 1.000 litres d’eau. Une somme énorme dans un pays où 45% des habitants vivent avec moins de 100 euros par mois.

Le fournisseur de Ben Joma s’appelle Chaher Omar. Avant, il faisait autre chose. Depuis trois ans, il s’est reconverti dans la distribution d’eau aux particuliers. Tous les jours entre minuit et deux heures du matin, il rejoint la file de camions-citernes, de bus et de motos qui attendent devant la station de pompage de Vouvouni. Certains soirs, il repart sans avoir rempli ses bidons. Pourtant la demande explose avec la saison sèche. Ce jour-là, il a eu de la chance. Il a pu charger son minibus et livrer des clients impatients dans Moroni.

Dans le sud de la ville, Kaouthara Bouchrane a quatre enfants et une routine épuisante. Elle se lève avant l’aube pour faire la queue devant l’un des rares points d’eau communaux encore en service. Elle est pourtant abonnée à la compagnie publique des eaux. Mais ses tuyaux sont secs depuis des mois. Elle remplit ses bidons jaunes gratuitement quand elle peut. Sinon, elle doit acheter l’eau à des vendeurs privés. Le prix a grimpé : le bidon est passé de 30 à 50 centimes d’euros. Comment s’en sortir demande-t-elle. Dans le nord de Moroni, il n’y a même plus de pompe municipale en état de marche. Les habitants n’ont d’autre choix que de payer des livreurs comme Chaher.

Pourquoi une telle pénurie dans une capitale de 150.000 habitants ? Le réseau date des années 1970, quand Moroni en comptait 35.000. Il n’a pas été adapté. Il est vieux et percé. La moitié de l’eau pompée retourne dans le sol avant d’arriver chez les gens. Ajoutez à cela une fourniture électrique insuffisante. La station de pompage ne tourne qu’une dizaine d’heures par jour. Les autorités promettent des solutions à court terme, comme chasser les poches d’air qui bloquent la circulation dans les canalisations. Un grand projet de 17,5 millions d’euros est aussi annoncé d’ici quatre ans avec de nouveaux forages, des réservoirs et le renouvellement complet du réseau. En attendant, Kaouthara continue de se lever à l’aube. Les plus aisés dépensent 130 euros pour se faire livrer 12 mètres cubes d’eau. Une somme qui fait réfléchir. Dans la file d’attente, une femme ironise : la vie aux Comores va bien mieux qu’en France. Elle fait référence aux propos récents du président. Tout le monde n’est pas de cet avis.

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