Politique
Un bureau à Manchester pour secouer le centralisme britannique
Andy Burnham vient d’emménager dans son nouveau bureau à Manchester, loin des dorures de Londres. Une promesse de décentralisation qui fait débat, entre…


Andy Burnham vient d’emménager dans son nouveau bureau à Manchester, loin des dorures de Londres. Une promesse de décentralisation qui fait débat, entre espoir des régions et scepticisme des experts.
Le Premier ministre britannique Andy Burnham fait ses premiers pas officiels vendredi depuis un bureau inédit. Situé à Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre, ce lieu s’appelle « No. 10 North ». Un nom qui fait directement écho au célèbre 10 Downing Street à Londres, résidence et lieu de travail du chef du gouvernement. Pour Burnham, prendre ses quartiers dans cette ville est un symbole fort. Il veut montrer qu’il prend au sérieux sa promesse de redonner du pouvoir aux régions et de relancer l’économie en dehors de la capitale. Lui qui était encore maire de Manchester il y a quelques semaines promet de travailler ici au moins une fois par semaine, et d’y recevoir régulièrement son équipe. Il affirme que ce n’est pas un gadget. Depuis des décennies, explique-t-il, trop de communautés locales se sont senties oubliées, privées d’attention et d’investissements.
Sur place, Andy Burnham va présider la première réunion du Conseil économique national, une instance créée en 2008 après la crise financière et qu’il relance. L’objectif est d’échanger avec les maires, les ministres, les syndicats et les dirigeants d’entreprises sur la croissance. Il cite Manchester comme un modèle pour le reste de l’Angleterre. L’agglomération affiche des performances économiques supérieures à la moyenne nationale et élit son maire depuis 2017. Mais pour les experts, ce bureau ne résout pas tout. Alan Trench, universitaire spécialiste des politiques publiques, explique que créer une annexe du gouvernement central, c’est de la « déconcentration », pas une véritable décentralisation. Le Royaume-Uni a connu de grandes réformes dans les années 1990 avec la création de parlements en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. Mais l’Angleterre, elle, reste l’un des territoires les plus centralisés d’Europe. Il n’existe aucun pouvoir législatif décentralisé chez les Anglais.
Burnham veut aller plus loin, sans soutenir de référendums d’indépendance. Il a demandé à plusieurs ministères, notamment le puissant Trésor, de transférer certaines fonctions stratégiques vers ce nouveau bureau nordiste. Un signal jugé « positif » par certains, mais qui suscite aussi le doute. Michael Keating, professeur à l’université d’Aberdeen, rappelle que des tentatives similaires ont eu lieu par le passé. Le Trésor finit toujours par garder la main sur les finances publiques. Pour que « No. 10 North » ne soit pas qu’un symbole, il faudrait qu’il devienne un vrai contrepoids à Londres. Mais pour l’instant, les experts attendent de voir si les actes suivront les intentions.
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