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La nouvelle carte électorale du Tennessee réveille les fantômes de la ségrégation

À Memphis, le redécoupage électoral signé par les républicains menace la force du vote noir. Ce choix rappelle aux habitants les heures sombres de la…

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La nouvelle carte électorale du Tennessee réveille les fantômes de la ségrégation

À Memphis, le redécoupage électoral signé par les républicains menace la force du vote noir. Ce choix rappelle aux habitants les heures sombres de la ségrégation.

Jadu Ben Ahmed Ben Hassan est un homme de 76 ans qui n’a jamais raté un scrutin. Il a grandi à Memphis, à une époque où la ségrégation régnait en chaque recoin de la ville. Quand il était petit, il ne pouvait même pas entrer dans un magasin pour acheter un produit de première nécessité, se souvient-il. Les vendeurs refusaient de le servir. Les préjugés étaient partout, le racisme aussi, et il affirme que les choses n’ont pas vraiment changé. Costume beige, foulard de soie autour du cou, il dénonce le redécoupage électoral du Tennessee comme un « recyclage des vieilles politiques ». Il était au Centre islamique de Memphis, ce havre de verdure en banlieue, où des plans de la nouvelle carte et des QR codes permettaient à chacun de connaître sa future circonscription.

En mai, les républicains du Tennessee ont imposé une nouvelle carte électorale. Elle donne à leur parti un avantage décisif pour remporter des sièges supplémentaires au Congrès à Washington. Memphis, l’un des derniers bastions démocrates dans cet État conservateur, se retrouve fractionné en trois circonscriptions étirées à travers tout le Tennessee. Une véritable lame de fond pour les Afro-Américains, qui représentent plus de 60% de la population de la ville. Eux craignent que leur voix ne pèse plus rien lors des élections de mi-mandat, prévues en novembre.

Ce bouleversement trouve son origine dans une décision de la Cour suprême rendue fin avril. La haute cour a affaibli les protections du Voting Rights Act de 1965, cette loi phare adoptée au plus fort du mouvement des droits civiques pour empêcher les anciens États ségrégationnistes de limiter le droit de vote des Noirs. La Louisiane et le Tennessee en ont profité pour redessiner leurs cartes. Dans les églises noires de Memphis, la colère gronde. Le révérend Earle Fisher, pasteur de l’Abyssinian Baptist Church, parle d’une tentative de « diluer le vote noir ». Il a fondé Up the Vote 901, une organisation qui organise des sessions d’éducation civique, devenues encore plus précieuses depuis que la confusion s’est installée.

Lawrence Turner, un autre pasteur engagé, lunettes rondes et veste de costume, détaille le problème depuis la Mississippi Boulevard Christian Church. Avant, dit-il, les habitants de Memphis pouvaient choisir un député qui les représentait vraiment. Aujourd’hui, leurs circonscriptions s’étendent loin vers l’est et mélangent des réalités très différentes. Les intérêts de la ville se retrouvent noyés dans ceux d’autres comtés, dont les habitants vivent dans un tout autre monde. Ce pasteur a créé le Black Clergy Collaborative, une alliance d’églises afro-américaines qui multiplie les actions de mobilisation.

Dans le quartier de Whitehaven, au sud de Memphis, Brenn Scott arpente les rues avec sa fille et des bénévoles. Leur mission est d’expliquer aux habitants les prochains scrutins, d’abord les primaires démocrates et les élections du comté début août, puis les législatives en novembre. La nouvelle carte a semé une belle pagaille. Brenn Scott habite dans la cinquième circonscription, mais elle mène campagne dans la neuvième. Beaucoup de gens ne savent plus où se trouve leur bureau de vote. Certains ont déjà voté pendant la période du vote anticipé. Une résidente arbore un tee-shirt où l’on peut lire « Voting is my black job », pour rappeler que voter est une mission pour les personnes noires. Une autre, qui a déjà glissé son bulletin, emporte des prospectus pour ses proches.

Lee Kendrick Harris, 34 ans, sort d’une église transformée en bureau de vote, son tee-shirt « Memphis » sur la poitrine. Ce redécoupage, dit-il, est un véritable test de résilience pour sa communauté. Il montre comment les gens peuvent se serrer les coudes et survivre. Mais il craint que les voix des Noirs soient « complètement étouffées » et leurs besoins « complètement ignorés ». Pourtant, il refuse de céder au découragement. Ses aînés, ses ancêtres, ont toujours dû se battre contre l’oppression. Lui et sa génération sauront retrousser leurs manches, promet-il. C’est exactement ce qu’ils vont faire.

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