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En Russie, le petit parti Iabloko joue son va-tout contre la guerre

Alors que Moscou poursuit son offensive en Ukraine, ce parti libéral aux portes de l’oubli présente ces élections comme un référendum pour la paix. Son…

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En Russie, le petit parti Iabloko joue son va-tout contre la guerre

Alors que Moscou poursuit son offensive en Ukraine, ce parti libéral aux portes de l’oubli présente ces élections comme un référendum pour la paix. Son chef demande une chose aux Russes, qu’on leur offre le choix d’arrêter de tuer.

Il s’appelle Iabloko, ce qui signifie la pomme en russe. Ce parti a porté les espoirs des libéraux russes après la fin de l’URSS. Mais il a ensuite dégringolé dans les urnes, jugé trop rigide et donneur de leçons. Depuis 2003, il n’a plus aucun député à la Douma. À quelques semaines des législatives de septembre, la formation sent pourtant un frémissement. Porté par le ras-le-bol de jeunes excédés par la propagande du pouvoir et les restrictions en ligne, ce vieux parti d’opposition tente de revenir sur le devant de la scène avec une idée simple. Proposer une alternative pacifique au conflit déclenché en Ukraine. Seul parti en lice à réclamer l’arrêt de la guerre, il présente le scrutin comme un référendum contre les combats.

« Notre bulletin de vote est la seule possibilité légale de se prononcer pour la paix », affirme Nikolaï Rybakov, le chef d’Iabloko, 47 ans. Il résume son programme en une formule choc. « Arrêter de tuer des gens, voilà tout. » Le conflit en Ukraine est le plus sanglant qu’ait connu l’Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, avec des dizaines de milliers de morts et de blessés en Russie et en Ukraine. Les sondages donnent pourtant des raisons d’espérer à ce parti. L’institut Levada, qualifié d’agent de l’étranger, donne 64% des Russes favorables à des négociations de paix avec Kiev, et 78% chez les jeunes. Mais Vladimir Poutine reste campé sur sa position, affirmant vouloir conquérir le reste de l’est de l’Ukraine. Rybakov, lui, tire la sonnette d’alarme sur un autre danger. « Nous sommes plus proches d’une guerre nucléaire que nous ne l’avons jamais été », dit-il. Puis il lance, dans son bureau moscovite, « Pourquoi quelqu’un devrait-il décider si je dois vivre ou non ? On veut vivre, tout simplement. Donnez aux gens cette possibilité. »

Ce discours vaut à Iabloko d’être dans le viseur du pouvoir. Ses appels à la paix peuvent être considérés comme un discrédit de l’armée russe et mener en prison. Pourtant, le parti a obtenu le feu vert de la Commission électorale centrale pour participer au scrutin. Une décision qui a suscité l’incompréhension chez les opposants en exil. Certains y voient une collusion avec le Kremlin, estimant que la participation de l’opposition ne fait que légitimer un simulacre de pluralisme. La Cour suprême doit par ailleurs examiner un recours d’un parti nationaliste qui vise à exclure Iabloko des élections. La répression, elle, continue. Une quarantaine de militants sont poursuivis, huit sont en détention. Maxime Krouglov, l’adjoint de Rybakov, a été condamné à sept ans de prison pour diffusion de fausses informations sur l’armée russe. Rybakov lui-même a été mis à l’amende pour avoir publié une photo d’Alexeï Navalny, ce qui l’empêche de se présenter. La formation bénéficie néanmoins du soutien de Ioulia Navalnaïa, la veuve de l’opposant mort en prison, une figure déclarée extrémiste en Russie.

Malgré tout, Iabloko attire une jeunesse que la guerre et la censure révoltent. Près d’un tiers de ses 400 candidats ont moins de 30 ans. Marijat Ramazanova, 28 ans, chargée de la communication sur les réseaux sociaux, en fait partie. « On veut vivre dans un pays libre et normal et y bâtir notre avenir », assure-t-elle. Son collègue Ivan Dorofeïev, 26 ans, estime que les restrictions sur internet sont le principal moteur qui pousse les jeunes vers la politique. « Vivre nos meilleures années dans la peur n’est pas normal », ajoute ce militant, venu réinstaller une plaque commémorative à la mémoire d’Anna Politkovskaïa, journaliste qui dénonçait des crimes de guerre en Tchétchénie avant d’être assassinée à Moscou. Une bonne moitié des Russes partagent leur position pacifiste, assure-t-il.

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