Europe
L’Ukraine remplace ses fantassins par des machines téléguidées
Dans un atelier rempli de robots et d’armes, un ingénieur ukrainien raconte la métamorphose du champ de bataille. Les drones terrestres deviennent les…


Dans un atelier rempli de robots et d’armes, un ingénieur ukrainien raconte la métamorphose du champ de bataille. Les drones terrestres deviennent les nouveaux soldats d’une guerre où chaque vie compte.
Chez Edouard Trotsenko, le garage ressemble à un laboratoire de science-fiction. On zigzague entre des machines à chenilles, des armes et des ordinateurs. Cet ingénieur, qui fabriquait autrefois des bornes de recharge pour voitures, a tout changé quand la guerre a éclaté. Aujourd’hui, sa société Temerland conçoit des drones terrestres, des engins qui posent des mines, tractent du matériel ou rapatrient des blessés. Deux prototypes retiennent l’attention, l’un armé d’un lance-roquettes, l’autre d’une mitrailleuse lourde dirigée par une intelligence artificielle. Ces machines sont testées dans des brigades et attendent le feu vert de l’état-major. Son rêve va plus loin, avec un oiseau mécanique capable de se recharger sur les lignes électriques, et des chiens-robots imaginés pour le combat. « Pour sauver des vies, ce sont les drones qui doivent aller au front », lance-t-il.
Cette vision a longtemps été portée par un ministre, Mykhaïlo Fedorov, qui avait fait de l’innovation militaire une priorité nationale. C’est lui qui a créé un centre dédié à l’intelligence artificielle pour accélérer le déploiement de nouvelles armes. Mais son limogeage a inquiété. Trotsenko ne comprend pas pourquoi on a écarté un ministre qui faisait du bon travail. Pourtant, ni les industriels ni les militaires ne croient à un retour en arrière. Quatre ans après le début de l’invasion, l’écosystème technologique a pris son envol. Les jeunes ingénieurs ne lâcheront pas le morceau, assure l’entrepreneur. La concurrence entre entreprises privées est devenue un moteur. Dans une boîte privée, on peut prendre des risques plus vite, explique-t-il, car les retours du front permettent d’adapter les plateformes rapidement.
Sur le front, la demande est claire. Un commandant nommé Jason, qui dirige une unité de drones terrestres, résume la philosophie du moment. On peut perdre une machine, pas un homme. Cette phrase est devenue un slogan lors des manifestations après le départ de Fedorov. Jason, lui, n’est pas inquiet. L’initiative technologique n’est pas venue d’en haut, mais d’en bas, avec de jeunes ingénieurs qui ont commencé seuls à bricoler des drones. Ensuite les entreprises et les investisseurs ont suivi. Aujourd’hui, il manque moins d’engins que de spécialistes formés. La guerre des drones est une guerre de cerveaux. Quant à Trotsenko, il imagine déjà des soldats blessés pilotant des robots depuis leur lit d’hôpital, à distance, peut-être depuis un autre pays. Les frontières physiques du conflit s’effacent. Dans son atelier, comme dans les unités, l’innovation est en marche, assure-t-il.
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