Europe
Ceuta n’en peut plus de ces mineurs migrants livrés à eux-mêmes
Les centres d’accueil de l’enclave espagnole sont saturés à des niveaux inédits et le président local réclame d’urgence un coup de main au reste du pays.…


Les centres d’accueil de l’enclave espagnole sont saturés à des niveaux inédits et le président local réclame d’urgence un coup de main au reste du pays. Derrière les chiffres officiels, des centaines d’enfants restent sans solution durable.
La ville de Ceuta est au bord de l’asphyxie. Une semaine après le passage en force de plus de 70.000 personnes, le dirigeant local Juan Jesús Vivas a lancé un cri d’alarme à destination de Madrid. Il décrit une situation devenue ingérable pour les services chargés de protéger les mineurs isolés. Selon lui, les structures d’hébergement tournent à 2.600% de leur capacité maximale, avec environ 1.100 enfants encore présents dans les rues comme sur les plages. Ces jeunes, arrivés sans parents, vivent dans des conditions très précaires et n’attendent qu’une prise en charge qui tarde.
Sur le terrain, la réalité saute aux yeux. Des groupes de jeunes migrants errent toujours dans Ceuta, faute de places disponibles dans les centres. Les autorités tentent de les identifier un par un, mais le compte y est difficile à tenir. La police a déjà enregistré 528 enfants, redirigés vers des abris déjà bondés. L’ONG Save the Children avait d’ailleurs prévenu dès le premier jour que le système local, conçu pour une centaine de pensionnaires, s’occupait déjà d’environ un millier d’enfants. Un déséquilibre énorme, que le préfet de la ville résume en une phrase simple et brutale. Il n’y a plus aucun espace supplémentaire pour les accueillir correctement.
Derrière l’urgence humanitaire se profile aussi une bataille politique. La loi espagnole impose à toutes les régions de participer à l’hébergement de ces mineurs venus de zones en tension. Mais plusieurs territoires dirigés par le Parti populaire ou soutenus par l’extrême droite de Vox font traîner les pieds. Le premier vice-président du gouvernement espagnol, Carlos Cuerpo, a rappelé que ces régions doivent respecter la loi comme tout le monde. Juan Jesús Vivas affirme de son côté avoir prévenu dès le 27 juillet les services de Pedro Sánchez que des centaines de migrants étaient déjà entrés et que les problèmes allaient devenir graves. L’exécutif central répond qu’il n’a reçu aucun avertissement clair, ni de Ceuta, ni du Maroc, sur l’ampleur de la crise.
Au total, environ 72.000 personnes ont franchi la frontière de l’enclave la semaine dernière, en nageant ou à pied pour la plupart. Près de 70.000 sont déjà reparties au Maroc. Mais cette traversée a laissé des traces profondes, avec au moins 79 morts côté espagnol, essentiellement noyés. Les autorités marocaines font état de 11 disparus supplémentaires. Ceux qui restent sont les plus vulnérables, des enfants sans adulte pour les accompagner, tiraillés entre l’attente d’une solution et l’épuisement des structures censées les recueillir. Ceuta réclame de l’aide, mais chaque jour compte un peu plus.
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