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En Indonésie, l’esclavage sans fin d’une île oubliée

À Sumba, des hommes et des femmes naissent, travaillent et meurent sans jamais être libres. Un système héréditaire que la loi a aboli mais que la…

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En Indonésie, l'esclavage sans fin d'une île oubliée

À Sumba, des hommes et des femmes naissent, travaillent et meurent sans jamais être libres. Un système héréditaire que la loi a aboli mais que la tradition maintient.

Sur l’île de Sumba, à deux heures de vol de Bali, le temps semble figé. Kanisius Kanyali Hambarita a 34 ans. Depuis sa naissance, il est la propriété d’Umbu Ana Rara, un homme de trois ans son cadet. Les deux partagent la même maison, le même sarong, le même quotidien sans électricité ni téléphone. Pourtant, l’un commande, l’autre obéit. Kanisius cultive la terre, s’occupe des bêtes, sans jamais recevoir un salaire. Et ses enfants, comme les enfants de ses enfants, hériteront de ce statut. Impossible de s’en défaire. « Ce statut on ne peut pas l’effacer », dit-il sans colère. Il accepte son sort comme un héritage ancestral.

La société sumbanaise repose sur trois castes bien distinctes. Au sommet, les nobles appelés maramba. Ils possèdent la terre, les troupeaux de chevaux et les vaches, principale richesse de l’île. En bas, les atas, les esclaves. Entre les deux, les kabihu, les gens ordinaires. Ce système remonte au XVIe siècle, quand les Portugais puis les Hollandais troquaient du bois de santal contre des êtres humains. L’esclavage a été officiellement aboli en 1860. Mais ici, la religion locale, le marapu, mêlée d’animisme et de culte des ancêtres, légitime encore cette hiérarchie. Selon la légende, les nobles auraient reçu les atas en arrivant sur l’île. Les violences ne sont pas rares. Un esclave peut être battu s’il ne travaille pas assez. Les femmes subissent des violences sexuelles, considérées comme un droit du maître. « Si une femme esclave me plaît mais qu’elle se refuse à moi, je battrai son mari », confie un notable sous couvert d’anonymat. La loi indonésienne interdit pourtant l’esclavage. Mais le gouvernement, reconnaissant le droit coutumier, avance à pas comptés. « Il faut accompagner le développement social pas à pas », explique le ministre de la Justice. Les victimes, elles, osent rarement parler.

Pourtant, des brèches s’ouvrent. Mama Margaretha, une noble progressiste, a envoyé toutes ses servantes à l’école, avec ses propres enfants. « Si quelqu’un est illettré, il ne saura pas ce qui est bien ou mal », dit-elle. Un ancien esclave du village de Napu, qui a souffert pendant son enfance, a réussi à envoyer deux de ses enfants à l’université grâce à des bourses. « Si on a la connaissance alors on est libre », assure-t-il. Il vit désormais avec sa famille dans une maison laissée par son maître, cultivant son propre champ. Il n’est plus battu. Les lois le protègent, et le maramba semble avoir compris. Lentement, l’école et l’espoir grignotent les chaînes invisibles d’une île qui n’a pas encore tourné la page.

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