Société
33 degrés dans une cellule aux fenêtres scellées
À Fleury-Mérogis, la plus grande prison d’Europe, des détenus étouffent dans des cellules où la température frôle les 33°C dès le matin. Témoignages d’un…

À Fleury-Mérogis, la plus grande prison d’Europe, des détenus étouffent dans des cellules où la température frôle les 33°C dès le matin. Témoignages d’un système carcéral qui craque sous le poids de la surpopulation et d’une chaleur devenue arme silencieuse.
Le prisonnier désigne ses claquettes trempées. « Ce n’est pas de l’eau ça, capitaine ! » lance-t-il au surveillant. Transféré d’Avignon début juillet, ce trentenaire au physique sec a été placé à l’isolement. Depuis deux semaines, il passe 22 heures par jour dans une cellule exiguë. La fenêtre ne s’ouvre pas, elle est scellée. Le matin, avant que le soleil ne cogne vraiment, le thermomètre d’un député affiche déjà 33°C aux murs. L’homme colle son matelas contre la porte en acier la nuit, espérant capter un filet d’air sous le battant. « Ils sont en train de jouer avec mon cerveau, ils veulent me faire craquer », dit-il, la rage mêlée au désespoir. Ses affaires venues d’Avignon ne sont toujours pas arrivées. Sa cellule est nue.
La surpopulation carcérale est le vrai cancer qui ronge l’établissement. Ce jour-là, plus de 500 matelas sont posés à même le sol des cellules. 5 100 détenus s’entassent dans 2 800 places, soit un taux d’occupation de 176,5%. « La surpopulation entraîne tout le reste : tensions avec le personnel, violences entre détenus. La chaleur n’arrange rien », résume un surveillant. Un Polonais, avec son codétenu russe, a tendu une épaisse couverture acrylique sur la fenêtre grillagée comme isolant de fortune. Il s’interrompt pour écraser un cafard qui court sur le mur. Le directeur-adjoint explique qu’il faudrait vider les cellules pour traiter les nuisibles, mais « cela n’arrive jamais ». L’encellulement individuel des condamnés est « mathématiquement » impossible, dit-il. Un homme de 25 ans, condamné à cinq ans, partage ses 9 m² avec deux codétenus, dont un dort par terre sur un drap douteux en attendant son procès. Au mur, un graffiti résume l’ambiance : « N’écris pas ton nom. Fais ta peine et ferme ta gueule ! »
Côté femmes, la situation est moins extrême mais pas rose non plus. 300 détenues pour 220 places. Dans une cellule double de 18 m², six jeunes Sud-Américaines cohabitent. Elles s’entendent bien, disent que la nourriture convient et que le personnel est respectueux. Mais trois frustrations reviennent : appeler leur famille coûte une fortune, leurs consulats ne les aident pas, et surtout « Mucho calor », beaucoup trop chaud. À l’isolement, un autre détenu a le visage soudain embué avant que la porte ne se referme. « Je ne mérite pas ça », lâche-t-il. Un surveillant gradé glisse que les douches individuelles dans chaque cellule « aident à faire baisser la pression », mais un prisonnier rétorque que l’eau est trop chaude et impossible à régler. Ici, chaque jour peut saigner, disent les cadres, et la chaleur n’est qu’un symptôme de plus d’un système qui ne respire plus.
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