Société
Le rêve d’une poitrine ferme se transforme en cauchemar chirurgical
Diana Tergenbaïeva voulait simplement raffermir sa poitrine après deux grossesses. Aujourd’hui, elle vit avec une plaie ouverte, un visage déformé par un…

Diana Tergenbaïeva voulait simplement raffermir sa poitrine après deux grossesses. Aujourd’hui, elle vit avec une plaie ouverte, un visage déformé par un œdème et des points de suture qui lâchent, victime d’un système qui laisse prospérer les chirurgiens douteux en Asie centrale.
Le parcours de cette quadragénaire kirghize illustre une réalité qui gangrène plusieurs pays de la région. Après son opération, elle a développé un œdème de Quincke une réaction allergique massive aux médicaments. Sa saturation en oxygène et sa tension ont chuté, ses yeux refusaient de s’ouvrir. Les photos qu’elle montre sont glaçantes un visage gonflé, une balafre sous le sein. Les points de suture ont cédé trois fois, laissant une plaie ouverte qui ne guérit pas. Son chirurgien, arrêté en septembre pour contrebande de médicaments illégaux après une quarantaine de plaintes, a été relâché. L’affaire a été classée et il exerce toujours. « Il se présente comme le meilleur chirurgien du Kirghizstan, mais c’est juste une sorte de boucher », dénonce Diana Tergenbaïeva.
Son histoire n’est pas un cas isolé. Au Kirghizstan, au Kazakhstan, au Tadjikistan et en Ouzbékistan, les témoignages d’interventions ratées se multiplient. Les réseaux sociaux regorgent de clichés de corps abîmés, de visages asymétriques, de brûlures. Certaines opérations ont été mortelles comme celle d’une blogueuse kazakhe au million d’abonnés, décédée après une liposuccion mi-mai. La cause est systémique. Le secteur manque cruellement de régulation. Des médicaments périmés circulent. Des praticiens autoproclamés, sans diplôme, opèrent illégalement. À Bichkek et Och, plus de 1300 entreprises médicales ou pharmaceutiques exercent sans autorisation. Des salons de beauté proposent des actes chirurgicaux sans aucun cadre médical. « Beaucoup d’esthéticiennes ont les mains trop libres. Elles pensent avoir appris et pratiquent parfois des actes chirurgicaux sans être chirurgiennes », explique un plasticien kirghiz expérimenté. Les inspections commencent, mais leur efficacité reste inégale.
Sur Instagram et TikTok, des influenceuses aux centaines de milliers d’abonnés vantent ces cliniques douteuses. Jasmine Karipaeva, 27 ans, a succombé à une vidéo promettant une blépharoplastie réussie pour corriger ses paupières. Résultat une paupière tombante, l’autre ouverte. « Personne ne peut me rendre mon apparence d’origine, on m’a enlevé trop de graisse et de peau », regrette-t-elle. Oksana Tikhaïa, infirmière kirghize de 48 ans, voulait simplement relever une paupière après un léger AVC. Après l’opération, l’ouverture de ses yeux s’est réduite au point de ne plus pouvoir y glisser son petit doigt. Un an et demi plus tard, elle force constamment pour ouvrir l’œil. Les deux femmes ont renoncé à toute action judiciaire, comme beaucoup d’autres. Diana Tergenbaïeva, elle, continue de se battre. Son conseil aux femmes « Réfléchissez à deux fois avant de succomber aux beautés d’Instagram et de passer sur le billard. »
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