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Des profondeurs de la mine aux sommets des éoliennes, la nouvelle vie des mineurs polonais

En Pologne, des mineurs troquent le charbon pour le vent. Une formation les prépare à travailler à cent mètres de haut, pour une industrie qui promet des…

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Des profondeurs de la mine aux sommets des éoliennes, la nouvelle vie des mineurs polonais

En Pologne, des mineurs troquent le charbon pour le vent. Une formation les prépare à travailler à cent mètres de haut, pour une industrie qui promet des centaines de milliers d’emplois.

Grzegorz Witek a passé quatorze ans dans les galeries sombres de Silésie. Aujourd’hui, il grimpe en haut d’une éolienne de près de cent mètres et sourit. « C’est l’espace, le sentiment de liberté. C’est le vent qui souffle », raconte-t-il, émerveillé. Avec sept autres mineurs, il suit une formation organisée par EDF Power Solutions Pologne, à Gorzyca, dans l’ouest du pays. De retour au pied de la turbine, il compare son ancien monde à ce nouveau métier. « Chez nous, il fait toujours sombre, il n’y a pas de monde extérieur, pas de soleil. Ici, on travaille à l’air libre. » Il plaisante même : « Avec les éoliennes, on passe à un niveau supérieur ! » Ces hommes connaissent déjà les environnements extrêmes. Après avoir travaillé à un kilomètre sous terre, se retrouver à des centaines de mètres au-dessus du sol ne les impressionne pas vraiment, explique l’instructeur Michal Rak. Surtout, ils prennent leur travail très au sérieux.

La formation est intensive. Pendant trois semaines, les participants apprennent la maintenance, la sécurité, le travail en hauteur et les premiers secours, avant de grimper sur de vrais pylônes. Patryk Paja, 29 ans, mineur depuis trois ans, voit l’avenir dans le vent. « Le secteur minier est en train de s’éteindre en Pologne. Il faut changer quelque chose dans sa vie », dit-il, harnaché devant l’ascenseur qui mène au sommet d’une turbine. Dans sa mine, les galeries descendent jusqu’à 1 300 mètres. « C’est la transition énergétique. On passe à l’énergie verte, fini le charbon », résume-t-il. Autour de Gorzyca, les éoliennes ponctuent désormais l’horizon, une image de plus en plus courante dans un pays longtemps dépendant du charbon.

Pendant des décennies, le charbon a été un pilier économique et identitaire en Pologne. Mais le modèle s’essouffle. Les compagnies minières accumulent les pertes malgré les aides de l’État, qui a consacré 2,1 milliards d’euros au secteur en 2024. Extraire une tonne de charbon coûte aujourd’hui près de deux fois plus cher que de l’importer, et la production nationale ne couvre plus les besoins. La part du charbon dans la production d’électricité est passée d’environ 90 % en 2008 à près de 50 % aujourd’hui. Le soleil et le vent produisent déjà plus de 30 % de l’électricité, et le gouvernement vise 50 % dès 2030, jusqu’à 69 % en 2040. Une première centrale nucléaire devrait entrer en service en 2036. Cette mutation entraîne une baisse continue des effectifs miniers. Le secteur employait près de 400 000 personnes à la fin de l’ère communiste, il n’en compte plus que 70 000. En parallèle, le gouvernement table sur la création d’environ 300 000 emplois liés à la transition énergétique d’ici 2030.

Les besoins en recrutement dans l’éolien vont croître de façon exponentielle, prévient Alicja Chilinska-Zawadzka, présidente d’EDF Power Solutions Pologne. Depuis trois ans, la filiale du groupe français finance et organise ces formations. Une cinquantaine de mineurs y ont déjà participé, et tous ont reçu une proposition d’emploi. Certains ont déjà pris leurs fonctions, d’autres s’apprêtent à le faire. L’intérêt ne se dément pas. Lors de la première édition, il y avait cinq mineurs pour dix places. Au fil des années, le nombre de candidats a été multiplié par quatre par rapport aux places disponibles. Marek Mikolajczyk, 41 ans dont dix à la mine, a sauté le pas il y a un an et demi. « Le travail est plus agréable, plus léger et moins dangereux », explique-t-il. Salaire plus élevé, meilleure ambiance, possibilité de voyager : les avantages sont nombreux, même si les longues séparations d’avec la famille lors de missions restent un bémol. Patryk Paja espère bientôt suivre le même chemin. « Je n’arriverai sûrement pas jusqu’à la retraite dans la mine, donc autant entrer dans un secteur d’avenir », dit-il avant d’ajouter avec le sourire : « au lieu de descendre, on va monter. Ce sera une autre sorte d’adrénaline. »

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